Un précepteur acariâtre
 

Batailles choisies #188

BataillesChoisies_ligne2.png

En deux mots:

Mon aîné juge mes dons de peintresse. D’après lui, je n’en ai pas.  


 

Le matin avec Grand, pendant que son frère est à la crèche, nous faisons de la peinture. L’année d’éducation à distance l’a souvent frustré des arts plastiques qu’il aime pourtant depuis toujours, alors puisque faire de la peinture avec Petit me donne des sueurs froides, tous les matins, quand nous ne sommes que Grand et moi, on se lance dans ce que Grand appelle des “beaux projets”.


-Qu’est-ce qu’on va faire comme beau projet, ce matin, Maman? Moi, je sais, je vais faire le plus beau de tous les projets! Deux montagnes, avec des arbres, un ciel mâagnifique et le plus magnifique des soleils. Et toi, Maman?

-Oh, je vais faire le paysage qu’on a vu dans ton livre, tu sais, le livre de Calvin: des collines, une rivière, un beau ciel, des vaches et Calvin, le petit oiseau noir.


Disons de suite que je n’ai aucun don artistique. Que Grand non plus. Par contre, Grand me fait penser à un précepteur acariâtre qui ne supporte pas la médiocrité de son élève. Je crois que dans mon imaginaire, il faudrait, pour parfaire ce rôle, un épais accent russe.  

 

Je commence à peine à peindre que les grimaces s’installent et les critiques fusent:

- Mais non, Maman, regarde: dans le livre, il y a quatre collines.  Toi tu n’en as fait que trois. 

-Oui, c’est vrai, mais j’essaie de m’inspirer du livre, pas de le reproduire exactement. Je continue, quand même?

-Euh, oui… Mais regarde Maman, la colline est beaucoup trop petite! Tu n’auras pas de place pour faire la rivière! Mais ta vache, elle ne ressemble pas beaucoup à celle du livre. Et tu as oublié, regarde, les yeux de l’oiseau. Pourquoi ton ciel est comme ça?

-Je fais de mon mieux, tu sais. Je veux juste m’inspirer du livre, je ne vais pas arriver à faire exactement comme le livre. Ça te plaît, quand même?


Il fait une moue insatisfaite avec le “moui” qui veut tout dire, puis se remet avec beaucoup de concentration à ses maisons tordues, ses soleils tremblants et ses fleurs moches.


Hâte d’être à demain pour un nouveau beau projet.

 
pistolet séparateur Batailles choisies.001.jpeg

D’autres batailles ⭣

BataillesChoisies_ligne2.png
Heloise Simonart, occupations
Des mesures plein la tête
 

Batailles choisies #187

BataillesChoisies_ligne2.png

En deux mots:

#Mignonneries de mon fils aîné: il y a dans sa tête à la fois une solide logique et un gloubiboulga d’unités de mesure. Ça donne des observations pas piquées des vers.


 

Grand, bientôt cinq ans, développe son raisonnement et ses compétences logiques: il est capable de donner des explications qui sont à lui, pas répétées de nos explications, par exemple: “regarde Maman, il y a un bouchon ici parce que la route qui va là-bas est trop petite”, ou bien “quand on prépare un gâteau, tous les ingrédients cuisent ensemble et c’est pour ça qu’on ne trouve plus le sucre en poudre après”. 


Mais ce qui est encore en construction-attention-travaux ce sont les unités de mesure. Évidemment, me direz-vous.


Florilège du work in progress:

Il fait super chaud! Il fait 10 kilomètres de chaud.

La France, c’est très loin! C’est à 300 km heures!

Regarde Maman, je vais rester sous l’eau pendant 150 grammes!

Noël, tu sais Maman, c’est dans trois mois!

Et toi Papa, tu vas partir longtemps? Tu vas conduire durant plusieurs litres?

Tu savais, toi, que les arbres pèsent 120 de haut? 


J’imagine sa petite tête pleine de mots nouveaux, litres, grammes, mois, ainsi que d’autres étiquettes inconcevables pour l’heure, qui flottent et s’accrochent à n’importe quel morceau de temps ou d’espace entrant dans son expérience de la vie. 


Parfois je corrige: il faut 100 grammes de beurre pour la recette, pas 100 litres.

Parfois je souris, ris et encourage: tu vas rester 150 grammes sous l’eau! Non! Ça doit être super difficile.

Toujours, je trouve ça adorable.

 
pistolet séparateur Batailles choisies.001.jpeg

D’autres batailles ⭣

BataillesChoisies_ligne2.png