C'est le jeu du loup
 

Batailles choisies #248

BataillesChoisies_ligne2.png

Un nouveau jeu auquel nous jouons, les enfants et moi: le grand méchant loup et les trois petits cochons, ou quelque chose d’approchant. 🐺


 

-Maman, Maman, on joue au loup et aux trois p’tits cochons?

-Oui, si vous voulez, mais il n’y a que deux petits cochons, là, toi et Milieu.

-On joue au loup et aux deux petits cochons, alors!

-OK! Ahhouououououououou! Je suis le grand méchant loup et je vais vous manger!



Le jeu du loup et des deux p’tits cochons consiste à courir mollement après mes deux aînés en poussant des hurlements de loup. Ils adorent ce jeu: être poursuivis, avoir peur à peu de frais, quel bonheur! Pour moi, l’intérêt est double: les occuper et les fatiguer, en espérant que le soir venu, ils ronflent dès que leur tête touche l’oreiller.

Pour jouer à ce jeu, néanmoins, il est essentiel d’être flexible, en termes de rythme, de contenu et d’interprétation du conte.

-Ahhouououououououou! Je suis le grand méchant loup et je vais vous manger!

Les enfants partent en courant et se cachent derrière un arbre.

-Ça sent le cochon, par ici! Je vais vous man… Ah, attendez, Dernier s’est réveillé, je vais le chercher... Bon, le loup est de nouveau là, et il va vous manger!

C’est le jeu du loup avec son louveteau, car le loup est un père moderne, et des deux p’tits cochons.

-Ahhouououououououou! Je suis le grand méchant loup. J’ai vu que vous étiez cachés dans la maisonnette en bois! Je vais souffler et souffler et souffler! Oh, la maison ne se détruit pas.

C’est le jeu du loup-papa-poule qui manque de souffle et des deux p’tits cochons.

-Grand méchant loup! C’est pas grave, lance Grand. Tu peux t’endormir.

-Je dors, c’est ça?

-Oui, comme ça, on peut s’enfuir en courant.

-Très bien. Rholala, je suis fatigué, moi le loup. Je vais piquer un p’tit somme.

C’est le jeu du loup-papa-poule narcoleptique qui manque de souffle et des deux p’tits cochons.

-Quoi? Les deux p’tits cochons, vous vous êtes échappés pendant que je dormais! Mais vous ne m’échapperez pas deux fois, ahhouououououououou! Je vais vous manger. Attendez les enfants, attendez, je vais mettre Dernier dans la poussette, c’est fatiguant de courir avec lui.

C’est le jeu du loup-papa-poule narcoleptique qui manque de souffle et se trimballe la poussette et des deux p’tits cochons.

-Je vous vois, mes deux p’tits cochons, tout au fond du jardin! Euh, les enfants, il y a beaucoup de soleil, je vais chercher des chapeaux à la maison et je reviens, restez où vous êtes.

C’est le jeu du loup-papa-poule narcoleptique qui manque de souffle, se trimballe la poussette mais ne sort pas en cheveux et des deux p’tits cochons.

-Ahhouououououououou! Je vous ai vus, avec vos chapeaux qui dépassent du figuier! Je vais vous… Non, mais les enfants, le soleil tape vraiment trop fort, il faut se mettre de la crème solaire, je reviens.

C’est le jeu du loup-papa-poule écran solaire indice 50 narcoleptique qui manque de souffle, se trimballe la poussette mais ne sort pas en cheveux, et des deux p’tits cochons.

-Les p’tits cochons, je vous ai vus! Je vais vous manger, groink, groink.

C’est le jeu du du loup-papa-poule narcoleptique qui manque de souffle, traîne la poussette sous son chapeau plus écran solaire indice 50 et grogne comme un cochon, parce qu’avec tout ça, il confond, ne sait plus bien qui il est, envisage de commencer une lycothérapie, et des deux p’tits cochons.

-Haha, vous êtes à ma portée, je vais me faire un bon petit barbecue, non mais pas si vite les garçons!

C’est la fin du jeu du loup-papa-poule narcoleptique qui manque de souffle, a les jambes lourdes, traîne la poussette sous son chapeau et écran solaire indice 50, est claqué, à deux doigts de l'écroulement, allez, on arrête les enfants, je suis fatiguée là - et des deux p’tits cochons.


D’autres batailles ⭣

Heloise Simonjeux
Un rêve de mari
 

Batailles choisies #247

Mon mari qui me raconte un de ses rêves, ou l’onirocritique pour les nulles. 💭


 

“J’entre dans le salon. Je viens d’arriver du travail, je suis fatigué. Il y avait un bouchon à cause d’une manifestation pour la réouverture des vols vers la France. Donc j’arrive dans le salon et je vois du bazar partout. Mais un bazar terrible! Les jouets éparpillés, des sparadraps, des fruits secs qui traînent, sur le tapis, dans les étagères, sur le moindre recoin de meuble!

Quand j’entre, vous ne vous retournez même pas. Vous êtes assis à discuter et jouer aux cartes, ton père, ta sœur et toi. Et à chaque fois que vous abattez une carte, vous la balancez, comme ça, par-dessus l’épaule, nonchalamment. Le sol est jonché de piques, de cœurs, de carreaux.

Au bout d’un moment, vous me parlez. Ta sœur me demande si je peux vider un placard de la cuisine pour mettre ses bocaux d’artichauts, elle adore les artichauts maintenant et elle a décidé que dorénavant elle ne mangerait plus que ça. Ton père jette une à une des anciennes cassettes vidéos d’il y a trente ans qu’il sort d’une valise sans fond. Il y en a une tour à côté du canapé, un tas sur la table basse, un amas à l’entrée de la cuisine. Lorsque les cassettes gênent, il les pousse simplement avec une béquille.

Et toi, tu me regardes avec un grand sourire, et tu me dis: ben quoi? Qu’est-ce qu'il y a mon chéri, ça n’a pas l’air d’aller?”


C’est le rêve que mon mari m’a raconté à sept heures du matin, réveil en sueurs froides et en éclat de rire partagé à deux.


Serait-ce à dire qu’il trouve parfois que sa belle-famille met du désordre dans sa maison et dans sa vie? Qu’elle est pleine d’amour, d’idées bizarres, mais aussi pleine de bazar? Que l’on est plutôt du genre bordéliques et insouciants? Que la belle-famille qui vient de France, quand elle pose ses valises chez lui, elle se fait peu discrète pour son goût chilien d’homme très comme il faut?

Le mystère demeure entier et seule la psychanalyse (ou un bon fou-rire) saura nous éclairer.


Il faut bien un exutoire, j’imagine. Mon mari fait des rêves, sa femme tient un blog. 

Et bises à la belle-famille.


D’autres batailles ⭣