Le plus beau
 

Batailles choisies #288

C’est tellement bien d’avoir un bébé de six mois: quand ses grands frères me hérissent, je me rabats sur mon petit dernier, le plus beau des plus beaux bébés... 💋


 

Tes frères me tirent la langue après avoir hurlé à mon endroit que “non! ils ne rangeront pas le salon!”... et, toi, le plus beau? Tu me fais de grands sourires édentés!


Tes frères ne veulent pas goûter le dîner… et toi, le plus beau? Tu têtes goulument avec cet air à penser qu’il faudra remercier la cheffe, c’est exquis, vraiment, ce lait, il a été concocté avec amour, merci Madame.


Tes frères boudent et refusent de m’adresser la parole… et toi, le plus beau? Tu babilles et discutes, des “ou”, des “ha”, des “areuh” et des “bvvvv” dits dans des bulles de salive où j’entends parfaitement que tu penses que ta vie est plutôt chouette...


Tes frères trouvent que quand même cette randonnée en montagne, on l’a déjà faite… et toi, le plus beau? Tu regardes avidement chaque caillou, chaque brin d’herbe, chaque oiseau qui passe.


Tes frères n’ont pas envie de me faire un câlin… et toi, le plus beau? Tu fourres ta tête dans le creux de mon épaule, irradiant ta chaleur, caressant ma peau avec la tienne, d’une douceur soyeuse.


Tes frères jugent mes idées d’activité ennuyeuses et has-been de quand ils avaient seulement trois ans… et toi, le plus beau? Tu gigotes d’allégresse à chaque fois que je te prends dans les bras, avec cet air enthousiatse qui dit “on fait quoi maintenant, on fait quoi, hein, hein, et maintenant, on fait quoi?” 


Tes frères trouvent que mes blagues ne sont pas drôles… et toi, le plus beau? Tu éclates de rire, tu rigolboches, laissant rebondir ta voix aiguë dans toute la maison. 


-C’est qui le plus rigoleur? 

-Areuh!

-C’est toi! C’est qui le plus chou? 

-Areuh!

-C’est toi! C’est qui le plus beau? 

-Areuh!

-Toi, toi et encore toi! Oui, Grand, Milieu, j’arrive, j’ai entendu. J’arrive, les vilains, je profite encore un peu du plus beau des bébés.


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Heloise SimonDernier, amour
Au bon vieux temps
 

Batailles choisies #287

Que se passe-t-il donc chez moi? J’ai comme une impression de déjà-vu... 🎠


 

Je tends l’oreille et ouvre l'œil. 

Les enfants jouent avec des ustensiles de cuisine dans le jardin. Ils remplissent de terre des pots, des jouets et toutes les pièces de la maison où ils passent, entrant et sortant pour trouver LA louche qu’il leur faut.

Des dizaines de jouets jonchent le sol du salon.

Il y a une cabane avec des draps dans leur chambre.

Des piles de linge à plier.

Du rangement à faire dans la cuisine.


Ça me rappelle quelque chose, cette maison, mais quoi?


La semaine dernière, un cas de Covid a été détecté à la crèche de Milieu.

La crèche fermant onze jours protocolaires, Milieu est à la maison. 

Grand est en vacances pour une semaine encore.

Dernier vit sa meilleure vie de bébé avec moi, si possible dans mes bras.

Mon mari est en réunion dans le bureau.


Ah, mais oui! Voilà ce que ça me rappelle, cette maison! Ça me rappelle le confinement année 2020! 

Je retrouve une configuration connue: j’ai dix jours durant les enfants à ma charge toute la journée; je vais dix jours durant jongler des besoins des uns aux besoins des autres sur la crête raide de ma santé mentale, cuisiner avec Dernier dans les bras, séparer des disputes à n’en plus finir, ignorer les jouets étalés qu’il faut enjamber pour aller terminer le repas ou mettre une lessive en route.

Dix jours à me réveiller avec un cran d’exaspération en plus.

Dix jours à guetter un symptôme de Covid chez l’un de nous cinq. Pour l’heure, je suis soulagée, rien, rien que les enfants pénibles que j’ai d’habitude. 


Regarder de mes yeux écarquillés cette maison-là, celle qui est pleine de bazar et écouter la maison qui résonne de cris, pleurs de bébé, pleurs de petit frère embêté par l’aîné, pleurs du grand frère qui voulait encore faire une partie de Monopoly, tout ça me décourage et curieusement… m’amuse. Je souris de la voir comme ça, de nous voir tous comme ça, de nouveau dans ce manège...


J’ai l’impression de repasser le même examen encore et encore, dans un drôle de rêve, d’ouvrir et de fermer les yeux, de cligner à l’infini et que rien ne bouge.


À moins que ce ne soit un souvenir du bon vieux temps?

Sauf que le temps en question n’était ni bon ni vieux.

J’ouvre les yeux. Je les ferme. Je les rouvre.

Cette même maison.


Un souvenir du temps qui tourne en rond, faisant son éternel comeback dans mon salon.


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