Évidemment
 

Batailles choisies #286

Vendredi, premier week-end où on confie les enfants à la grand-mère. Et devinez quoi? Allez, je vous le donne en mille... 😑


 

Notre premier week-end sans les deux grands, c’est demain. En cinq ans, on n’aura jamais eu plus de 24 heures sans nos enfants: ma belle-mère a pris une journée notre aîné quand il avait trois ans; celui du Milieu n’a jamais passé de nuit sans son père ou sa mère; entre les longs séjours avec Abuelita pour échapper au confinement, la naissance de Dernier, les impondérables des uns et des autres, c’est demain, la première fois que Grand et Milieu passent un week-end sans nous avec leur grand-mère.


N’avoir que Dernier à gérer... oh, mais ça va être les vacances! me dis-je la veille au soir...


Devinez quoi?


22h37. Mail de la crèche. Cas de Covid.


Évidemment. 


La crèche ferme.

Évidemment. 

Le week-end des enfants chez la grand-mère est annulé.

Évidemment.

Les enfants doivent rester en observation à la maison.

Évidemment.   


Et notre week-end, alors! Deux petits jours un tout petit peu plus cool, est-ce que c’était tant demander? Pourquoi il faut toujours une tuile, comme ça! Et j’avais commandé des légumes chez un maraîcher du coin que devait ramener mon mari en déposant les enfants! Et j’ai prévu qu’on ne serait que deux personnes, il n’y a pas assez à manger pour nous tous! Et si mon fils avait le Covid? On est vaccinés mais quand même! Elle réouvre quand, la crèche? 

Tout se mélange, le futile et l’important. J’ai mille pensées qui partent dans tous les sens. Je n’arrive pas à articuler un mot. Je ne fais que souffler en regardant dans le vide, découragée, honteuse de penser à mon week-end avant de me dire que le plus important, c’est la santé de mes proches. 


Évidemment, le plus important, c’est la santé. 

Évidemment, on ne va pas envoyer nos enfants chez ma belle-mère s’il y a un risque de contamination pour elle, même si elle est vaccinée.

Évidemment, je m'inquiète pour mon fils, pour nous tous, j’ai peur de ces histoires rares mais réelles d’hospitalisation d’enfants, ces Covid longs que je lis un peu partout. 

Évidemment.


Mais là, pour l’instant, l’évidence, c’est que c’est encore pour ma pomme, cette situation pourrie. Que ça ne s’arrête jamais. Que je suis fatiguée de mon numéro d’équilibrisme permanent.

Il faut bien sûr se résigner.

Évidemment réorganiser ma semaine.

Évidemment voir le positif; penser à notre santé, avant tout; aux protocoles sanitaires qui sont efficaces; aux mesures prises pour la sécurité de tous, autres enfants et personnels; à notre chance d’y avoir échappé jusqu’à maintenant. 

Continuer parce que quoi d’autre.

Évidemment. 


D’autres batailles ⭣

Heloise Simoncrèche, covid
Pas à l’abri d’une surprise
 

Batailles choisies #285

Mon mari prend son téléphone, appelle sa mère et lui annonce: ce week-end, tu prends les deux grands. Il vient de passer un niveau dans le game de la parentalité. Street Fighter II Turbo niveau Papa-Qui-n’en-Peut-Plus. 🤜🤛


 

Ce week-end, mon mari a l’air épuisé. Rincé. Exténué. Surtout découragé, en fait, à regarder ses enfants qui débordent d’énergie alors que lui n’en a aucune. Il a accumulé tellement de fatigue, les enfants, la pandémie, le changement de travail, les récentes nuits à travailler pour finir tel ou tel projet, les deux années passées sans prendre de vacances, que tout lui tombe dessus. Pourquoi ce matin? Sait-on jamais?


Il me dit qu’il n’en peut plus des enfants. Il me le dit avec le sourire, un ras-le-bol joyeux que je connais bien, quand on commence une journée en se demandant comment on va arriver à la finir. Il me le dit en riant.

C’est un chouette moment de complicité entre nous, puisque je sais bien ce que c’est de se lever certains jours et de se dire qu’on n’en peut plus et quand est-ce qu’on va pouvoir avoir une vie, enfin?

On se regarde par-dessus nos cafés, on rit un peu, et je lui dis:

-Mais tu sais pourquoi ça te fait cet effet aujourd’hui? Pourquoi particulièrement aujourd’hui? Parce que c’est le premier week-end qu’on passe tous les deux seuls avec nos 3 enfants.

-Quoi? Tu es sûre?

-Ben oui. Quand Dernier est né, il y avait mon père, puis ma sœur. Quand ils sont partis, on est allés se confiner chez ta mère. Là, on n’est plus que tous les deux.

-C’est vrai!

-Ça, se lever et n’en plus pouvoir, cette fatigue que tu ressens, c’est notre vie. C’est notre vie normale. 

Ce n’est pas une discussion tendue, au contraire, c’est léger, on rigole, on tombe d’accord: eh oui, cette vie de merde, ben c’est la nôtre


Mon mari continue de ruminer devant sa tartine et dit:

-Non, non, j’en ai marre. J’ai envie qu’on parte, juste tous les deux. Tchao les gosses, juste toi et moi, on commande à bouffer et on regarde des séries.

Eh, ben… on n’est pas à l’abri d’une surprise.

-Très bien, moi je suis pour, hein… mais ça me semble un peu ambitieux! Pour Dernier qui est allaité, déjà, mais même pour Milieu: il n’est encore jamais resté avec quelqu’un d’autre que toi ou moi. Ta mère ne veut pas le prendre parce qu’elle a peur que ça se passe mal.

-Ah non, ah non, ça y est, non, j’en ai marre, trop, c’est trop. 


La journée poursuit sa course, je me dis qu’il ne va rien se passer, ce ne serait pas la première fois qu’on nous oppose une inquiétude tellement forte qu’elle vaut fin de non-recevoir.


Dans l’après-midi, je l’entends discuter au téléphone, bizarre, il n’aime pas bien appeler. Il raccroche et me dit:

-C’est bon, tout est organisé.

-Ah?

-Le week-end prochain, elle prend les grands. 

Il ajoute: “Tout le week-end”, parce que ce n'est pas une mince affaire d’imposer ça comme ça.

  

Je n’ose, depuis, me réjouir de ce week-end où on n’aura pas à gérer les disputes entre les grands. Je n’ose me réjouir surtout du précédent que ça peut créer. Je n’ose anticiper, parce que les enfants vont bien nous pondre un mauvais plan, genre cas de Covid à la crèche, ou fièvre carabinée.


Mais bon. On n’est pas à l’abri d’une surprise.


D’autres batailles ⭣

Heloise Simonmari, pause