Un temps en famille
 

Batailles choisies #310

Un week-end à la plage en vers libres, en roue libre, en temps libre 🏖


 

C’est merveilleux de naïveté, le temps des papas

Chérie, regarde, avant de partir voir mon frère à la plage

On s’arrête à la boulangerie française pour des pains au chocolat

Mais on n’aura jamais le temps, je me dis

Le temps des valises, le temps de régler les disputes, le temps de ranger la maison

Voici venu le temps du départ, les enfants!

Enfin!

Combien de temps jusqu’à la plage?

Quand même, c’est long, deux heures et demi!

Maman, on arrive dans combien de temps?

Milieu traîne sa toux

Dernier doit absolument dormir tout le temps du trajet

Parce qu’un temps, même tout petit, avec un bébé hurlant, ça perce les tympans et épuise les nerfs

Par pitié 

Le temps s’allonge derrière le trafic un peu trop dense pour un samedi

Papa, on arrive dans combien de temps?

Le voyage passe doucement

Je me dis que bon c’est un peu ridicule, ce temps de trajet, plus de trois heures avec les bouchons des Santiaguinos qui vont à la plage, pour même pas un week-end 

Mais bon, c’est l'anniversaire de Tonton

Et puis c’est un beau moment

Et puis il fait beau temps, enfin!

Le début du printemps! 

Je me dis que j’aurai dû rester à la maison

Mon temps à moi, mes heures de travail, évidemment, parties dans les siestes de Dernier passées en voiture

Mais il faut savoir prendre du bon temps, aussi, lâcher prise

Je n’aurai probablement pas le temps d’écrire mon billet de blog

Mais j’ai droit, je crois, à un peu de temps libre?

Maman, on arrive dans combien de temps?

Maman, Milieu s’est endormi

Maman, Dernier s’est réveillé

Chéri, on arrive dans combien de temps?

Ouf, Dernier, adorable, a tenu longtemps la voiture

À peine arrivée, tétée avec Dernier, bises avec la famille

Océan pacifique, terrasse avec vue sur la mer

Un petit temps tranquille, oui, ce serait donc possible?

Mais avant, il faut décharger, organiser, répartir, déjeuner, jongler avec les temps de cinq adultes, deux enfants et deux bébés 

Écouter les remarques désagréables de la belle-mère, tiens, ça faisait longtemps

Les écouter tomber sur l’anniversairé, tiens, ça change

Allez, il est temps de partir à la plage!

Un moment à pied traînant

Qui les enfants

Qui les poussettes

Qui la tente de plage

Qui les serviettes

Qui a pris la crème solaire?

Vent sur la plage de sable noir sous le soleil d’azur

Grand et Milieu font des châteaux avec Tonton

Belle-sœur et belle-mère discutent

C’est l’heure de la tétée de Dernier

Je m’isole, mon bébé tète et s’endort, je me couche contre lui, profite du soleil qui caresse la peau dans la lumière bleue de la tente

Et si j’avais le temps de faire une sieste?

Oh ce serait merveilleux

C’est si rare dans le temps des mamans…

Les vagues qui s’écrasent

Le vent qui siffle

Les enfants qui rient

Les adultes qui papotent

C’est doux

Mais déjà le temps de rentrer et de préparer le dîner, le temps presse avant

L’heure des loups

L’heure des enfants insupportables

L’heure des caprices

Et puis maintenant

L’heure du bain

L’heure du dodo

Mais avant, l’heure de la tétée

Je peux me mettre sur le balcon?

Allaiter face au Pacifique!

La douceur de la peau de mon bébé

Sa satiété, notre plaisir à lui à moi

L’écume des vagues, montagnes qui montent et descendent

L’horizon, le coucher de soleil, les gros bateaux sur les flots

Air frais

Nuit douce

Déjà le matin, déjà l’heure du départ

Il est temps de rentrer, les enfants

Les enfants tournent en rond dans l’appartement, c’est infernal

Il est temps

Merci pour tout!

La route de retour

Le retour à la maison

La maison à ranger

Arrête de déranger ton frère!

Dimanche

Nouvelle manche

On n’a eu le temps de rien faire

Juste 

La joie d’un temps en famille


D’autres batailles ⭣

 
Heloise Simontemps, poésie
Tu as bien compris?
 

Batailles choisies #309

“Oui, Maman, j’ai bien compris. J’ai bien compris qu’il faut te dire ce que tu veux entendre”. Gare à l’enfant de trois ans, diablotin malin. 😈


 

Milieu me regarde avec son air très sérieux, cet air de grande personne qui a pris une grande décision de la plus grande importance.

Je sais bien que ça ne va pas marcher, que la galère à venir, prévisible, attend sa galérienne préférée, mais je vois ces yeux et je réprime difficilement mon sourire. 

- Tu as bien compris? On va dans la boutique de douceurs que ton frère et toi vous aimez bien, mais on n’achète qu’un petit sachet de bonbons par personne. Tu as bien compris?

- Voui.

- Un tout petit sachet de dragées de couleurs.

- Voui. Tout petit. Grand, nooon!

Milieu, trois ans, a ces yeux qui disent qu’on comprend. Ces yeux qui disent qu’on comprend certaines choses. Qu’on ne comprend pas parfaitement ce que veut dire “on va aller à l’endroit des chocolats”, ni qu’on comprend vraiment ce que ça veut dire “et après on rentre tout de suite, on jouera juste un tout petit peu”. Il a ces yeux qui disent qu’on comprend qu’il faut faire semblant de comprendre

Il est évident, du haut de ses trois ans, que quand Maman, alors qu’elle nous installe dans la voiture, nous pose des questions en nous faisant promettre qu’on va bien se tenir, ne pas se disputer avec son frère, ne pas vouloir acheter toute la boutique et ne pas se rouler par terre quand l’emplette d’une bouteille d’eau gazeuse nous sera refusée, il faut répondre d’un ton assuré. Milieu a cet air à comprendre qu’on doit amadouer Maman, bien sûr que non la sortie de fin de journée ne se transformera pas en sables mouvants, promis, juré, croix de bois, croix de fer, si je mens, j' vais en Enfer. 


- Milieu, tu as compris? On n’achète qu’un tout petit paquet.

- Oui. 

- Un seul, ok?

- Voui. Deux.

- Non!

- Un, un paquet, acquiesce-t-il.

- Et on n’achète rien d’autre! Ni des gâteaux, ni de l’eau, hein?

- De l’eau, non, répond-il en joignant à la parole décidée le geste ferme de faire “non, non, non” de l’index comme un instituteur très à cheval sur l’accord du participe passé. De l’eau non. De l’eau qui pique!

- Non.

- Non, pas eau qui pique, non.


Évidemment, arrivé à la boutique, Milieu veut tout acheter: de l’eau qui pique, des chocolats, des bonbons, des dragées, des gâteaux qu’il n’aime pas. Il ne veut pas rentrer, ne veut pas jouer avec son frère, va quinze fois vers le frigo où se trouvent les bouteilles d’eau qui pique.

Évidemment. 

Évidemment, vogue ma galère habituelle, mon pédalo quotidien des sorties avec les enfants. 


-Ça! crie soudain Milieu avec enthousiasme, en désignant une coupelle sur le présentoir.

-De la semoule au lait?

-Voui!

-Mais tu n’aimes pas ça! Abuelita en a fait une fois, et tu n’as pas aimé! 

-Si! Moi aimer! rugit-il.


En plein découragement maternel, je me rappelle cet air de grande personne et ces décisions prises avec fermeté.

Bon, ben, va pour le dessert. 

À ce regard très sérieux, je pardonnerai tout - même de pédaler dans la semoule.


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Heloise SimonMilieu, sortie