Batailles choisies
Blog d’une mère écrivaine
* l’intime est politique *
Batailles choisies est ma réponse féministe et littéraire à une question doublée d’un scandale: où sont nos vies de mères? Qui parle de leur complexité, de leur richesse, de leur absurdité, du sens profond qu’elles ont?
Il y a le monde (celui qu’on veut, celui qu’on subit), dans une chaussette qui ne s’enfile pas, dans les piles de linge des Danaïdes, dans l’épuisement parental alors qu’il n’est que 9 heures du matin, dans deux grands yeux d’enfant.
➡️ toutes les batailles ici ⬅️
Just dance
Batailles choisies #644
Avoir dix ans de retard sur la mode… et rire aux éclats quand même. 🐼
Jour de pluie
Qu’est-ce qu’on va faire
17 heures
Qu’est-ce qu’on va faire
Il reste une heure trente avant les blindés la relève la cavalerie
Qu’est-ce qu’on va faire
Bon on rentre sans se mouiller hein
On évite les flaques
On porte chacun son sac
Et son panier repas
On fait ça alors
Oh mais qu’est-ce que vous faites
Pas dans la flaque, les pieds
Pas sur sol, les sacs
Pas dans mes bras, les enfants
Maison soir pas nuit
Qu’est-ce qu’on va faire
Soir de pluie
Mais qu’est-ce que vous faites
Arrêtez de vous disputer
Enfin
Il faut être gentil
Il faut partager
Il faut être calme
Non
Bien sûr que non
Il s’agit d’être stratégique
Être mère de trois enfants et survivre
Une question de stratégie
Il ne faut ni être gentil ni partager ni calme
Il faut se dépenser
S’occuper
Diriger les attentions loin des disputes
Ah mais je sais
On va danser
Oui
Les garcons
Ça vous dit
On met ces vidéos de danse
Ces vidéos où des bonshommes
Des pandas
Des personnages d’animé
Nous montrent comment faire
Cette choré
Bien trop difficile pour nous
Comment ça s’appelle déjà
Maison soir pas encore nuit
Just dance
Les garçons sortent leurs plus beaux déhanchés
Milieu concentré pour les pas chassés
Grand les bras en l’air à droite à gauche
Dernier qui sautille
Les tubes des 70’s 80’s
Les dernières nouveautés
Enfin
Dernières non
Les vidéos ont bientôt dix ans et j’ai complètement raté le train de la mode
Maison soir pas encore nuit
Just dance
C’est drôlement sympa
C’est surtout drôle
Les garçons donnent tout ce qu’ils ont
Et ils en ont de l’énergie pour sauter
Pour pas-chasser
Pour tourniquer
Pour déhancher
Pour faire la ronde
Et rire
Et rire encore
Maison soir pas encore nuit
Soir de pluie
Qu’est-ce qu’on va faire?
On va danser sous la pluie
On va rire de la pluie
On va juste danser
Batailles en vrac⭣
Batailles rangées⭣
La famille Poireau
Batailles choisies #322
Grand essaie de danser. Ma belle-sœur essaie de lui apprendre à danser. Et moi, que fais-je? Je les regarde, je souris et je me pose beaucoup de questions. 👯♀️
On va dire que c’est un progrès.
Grand danse.
En rythme.
Ah, non, là, il l’a perdu.
Mais ne voyons pas le négatif partout.
La majeure partie d’une chanson de 3:34, il danse en rythme.
Il progresse.
Il part de loin, il faut dire.
Vous les connaissez, les Jean-Michel du monde entier qui se dandinent gauchement aux mariages, qui ont un, ou deux maximum, mouvements de danse, impliquant souvent leur index dont ils tranchent l’air avec l’élégance d’une attaque de parapluie?
Eh bien, mon fils, à bientôt six ans, a déjà intégré ce prestigieux club.
Autrement dit, et comme je l’ai déjà mentionné par ailleurs, il danse comme un poireau. Il a une posture un peu penchée, des bras mous, il bouge l’ensemble de son corps en une seule masse comme s’il avait peur de désagréger ce fût que forment ses jambes. Parfois, il tente des entrechats ou des pas-de-bourrés, mais avec l’élégance de son légume-miroir.
En bref, dans la famille Poireau, je voudrais le fils.
Mon cœur de Maman le trouve tout de même mignon parce qu’il a cet air concentré, avec une timidité mêlée d’insécurité, qui dit qu’il fait de son mieux.
Il aime danser. C’est d’ailleurs pour ça qu’il a demandé à ma belle-sœur de danser avec lui.
Et ma belle sœur! C’est mon idole, avec son sens de la danse, de la fête, du rythme! C’est une femme extravertie qui met une sacré ambiance, qui s’intègre à n’importe quel groupe ou conversation dès qu’elle arrive. Elle enflamme la piste de danse, sur du disco, de la dance, du reggaeton, de la salsa, et peu lui importe si la piste de danse est présentement la terrasse glissante devant la salle à manger de notre belle-mère. Elle a les mouvements énergiques, le déhanché rythmique, la joie communicative.
Allez, Grand, comme ça!
Allez et hop! Et un, deux, trois! Allez, on tourne, ouaip, ouaip, bravo, bravo!
Allez, une autre, une autre!
Ce serait tellement bien que Grand apprenne d’elle! Qu’il se dise: voilà, c’est comme ça que je veux danser!
Alors que je vois mon fils se dandiner avec son air empoté et peiner à dégager l’énergie cadencée de celle qui l’instruit, mon regard attrape le reflet de la vitre.
Les index têtus qui insistent à trouer l’air.
Les bras courts.
La tête dodelinant.
Les pieds qui font une marche militaire molle.
Eh! Mais, ce reflet, ce n’est pas mon fils…
Aïe, flashback… je suis jeune femme, à une fête, je danse et dans ma tête, mes mouvements sont énergiques, mon déhanché est en rythme, mes bras s’agitent pour mettre toute la salle dans l’ambiance… sauf qu’une vitre dénonce mon reflet et ma danse pour ce qu’elle est…
Les index têtus qui insistent à trouer l’air.
Les bras courts.
La tête dodelinant.
Les pieds qui font une marche militaire molle.
Aïe, mais, ce reflet que je vois dans la vitre, chez ma belle-mère, à côté de la danse endiablée de ma belle-sœur, ce n’est pas mon fils... c’est... moi!
Dans la famille Poireau, je voudrais la mère.