Confinement - Jour 12
 

Batailles choisies #16

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En deux mots: Message d’utilité publique : passer du temps avec ses enfant n’est pas (jamais ?) épanouissant.

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Ce matin, durant une dispute avec mon mari (qui heureusement ne lit pas ce blog), j’entends ces mots : “comme je suis stressé, quand je suis avec les enfants, je n’arrive pas à profiter, je ne suis même pas content de passer du temps avec eux, même pas content de passer du temps avec mes propres enfants”.

« En voilà une idée étrange : être content de passer du temps avec ses enfants! »

Cette remarque, dite avec beaucoup d’affection et pleine de bonnes intentions, cherchait à expliquer son impatience face aux petits, impatience que je lui reproche parce qu’il m’oblige à donner plus de mon énergie et de mon temps pour que les journées se passent bien, qu’on finisse tous en un seul morceau (et oui, je connais cette BD d’Emma sur la charge émotionnelle, qui est l’illustration parfaite de ma vie en ce moment).

Cette remarque m’ouvre donc un puits sans fond: mon homme pense-t-il que je considère le temps passé avec mes enfants, quatre et deux ans, comme des moments agréables, dont je profiterais avec avidité ? Alors que je le considère, moi, comme un temps subi.


Il faut dire les choses comme elles sont :

Le temps passé avec ses enfants est (généralement) ingrat.

Le temps passé avec ses enfants est (souvent) exaspérant.

Le temps passé avec ses enfants est (toujours) épuisant.

Le temps passé avec ses enfants est (la plupart du temps) désagréable.

Le temps passé avec ses enfants est (de temps en temps) épanouissant.

« En fait, le temps passé avec mes enfants est un travail et non un loisir.  »

C’est du travail de s’occuper de ses enfants.

C’est du travail de les occuper.

C’est du travail de s’occuper de ses propres émotions face à ses enfants, leur variété, leur ambivalence, leur violence.

Mes journées ou soirées avec les petits se passent généralement mieux qu’avec leur père, ce qui fait croire que c’est pour moi épanouissant. Alors que c’est l’inverse : je n’espère pas y trouver une forme d’épanouissement, ou bien minime. Parce que je sais, d’expérience, que c’est une tâche ardue, un travail multiple. 

Si vos enfants vous énervent, donc, passez plus de temps avec eux. Et travaillez sur vous-mêmes. Ne croyez pas que celles qui en ont la garde principale le font de gaieté de cœur. 

 
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Confinement - Jour 11
 

Batailles choisies #15

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En deux mots: faire de la pâte à sel avec ses enfants, 4 et 2 ans. Bilan: plus jamais.

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J’aurais dû m’en douter que ça tournerait mal. Une accumulation de petits riens qui, dans la vie de famille, fait tout : toutes les fatigues, toutes les exaspérations, toutes les colères.

Il est 11 heures du matin, je suis debout avec Petit depuis 6h30, sept disputes ont déjà été désamorcées, trois ont été détonées à mon grand dam, je suis à court d’idées pour les occuper jusqu’au point-pivot du déjeuner. Après le déjeuner, tout va mieux, tout passe plus vite.

J’ai alors une idée.

Pourtant, j’aurais dû me douter que c’était une très mauvaise idée. Qui me l’a mise dans la tête, cette idée que je dois bien me résoudre à appeler stupide?

« Mais, enfin, qu’est-ce qui m’a pris de faire de la pâte à sel avec les deux petits ? »

Le papa ce matin a planté dans la tête de Grand qu’ils allaient faire des lettres en pâte à sel (oh, oui, Papa, de la sel à pâte!) mais après sa vidéoconférence. Simultanément, s’est plantée dans ma tête cette demande de la maîtresse qu’il fallait envoyer des photos des activités (pâte à sel donc).

Bon, Grand redemande quand est-ce qu’on fait “les lettres en sel à pâte”. Allez, ça fera l’activité jusqu’au déjeuner. 

La pâte attend les 4 petites mains. Sauf qu’elle colle, j’ai dû mettre trop d’eau. Grand essaie de faire les lettres, n’y arrive pas, se frustre, je tente de lui montrer si, comme ça, en la faisant sauter un peu, tu vois, on arrive à faire des boules, Grand secoue les mains pour faire partir cet intrus, ça vole de partout, un peu sur le sol, le plan de travail, le visage de maman, les cheveux de Petit qui lui, par contre, apprécie beaucoup l’activité, les mains pleines de cette substance collante, c’est merveilleux, qu’il essaie de manger mais j’ai d’autres problèmes, Grand est parti bouder dans le salon, allez, reviens, regarde je vais remettre de la farine, voilà, tu vois, c’est mieux, non, non, c’est nul la pâte à sel, c’est nul, plus jamais je vais faire de la pâte à sel, chouine-t-il en partant dans le salon les mains dégoûtantes, je le rattrape pour lui laver, il se débat, je le coince dans mes jambes, le traîne, jusqu’au lavabo le plus proche, puis le lâche, il hurle qu’il me déteste et ne fera plus jamais de la sel à pâte avec moi, seulement avec Papa, je retourne dans la cuisine, pour trouver Petit en train d'étaler avec application la pâte collante sur le plan de travail, puis entreprendre de la lécher avant que je ne l’arrête, ah non, ah non, c’est quoi ça! Alors, je m’entends hurler, ça suffit, tous les deux, dehors!

Les enfants dans le jardin en train de pleurer.

Moi par terre en train de nettoyer.

Des larmes salées qui tombent sur le carrelage.


J’aurais dû m’en douter.

 
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