Bon
 

Batailles choisies #84

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Pas le temps de lire tout de suite?

En deux mots:

Petit dit désormais s’il aime ce qu’il mange. Il le dit avec un air affirmatif mi critique culinaire prétentieux, mi cro-magnon.


 

Pendant des mois, autour de ses un an, Petit était en sous-poids. Il mangeait très peu, ne s’intéressait pas à la nourriture solide, picorait à peine une demi-poignée de riz des jours durant, et inquiétait autant ses parents que son pédiatre.

Petit à petit, il a découvert le plaisir de manger et, signe très positif, me file le train dès qu’il m’entend aux casseroles dans la cuisine pour participer avec beaucoup d’enthousiasme, beaucoup de maladresse et beaucoup trop de sel à la préparation des repas.

Depuis quelques jours, il a appris à dire qu’il aime ce qu’il mange. C’est adorable et ça me réchauffe le cœur. 

On a fait une ratatouille. Il porte la spatule en bois à sa bouche, goûte, et avec un hochement de tête décidé et une voix sérieuse, dit: “bon”.

Sans appel.

Un gratin au crabe. Hochement de tête, “bon”.

Net.

Du maïs au beurre. “Bon”.

Avoir l’impression de bien éduquer ses enfants au goût? Bon.

 
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6 heures, 35 minutes et 28 secondes
 

Batailles choisies #83

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En deux mots:

Aujourd’hui, j’ai passé 6 heures, 35 minutes et 28 secondes seule avec mes enfants. 6 heures, 35 minutes et 28 secondes où mon mari était en visioconférence enfermé dans le bureau. (Souffle très fort) 


 

Pour sa défense, ce n’est pas tous les jours comme ça. Pour l’accusation, ça l’est parfois. Pour ma défense, c’est mon 100e jour de confinement.

Trois visioconférences en une journée, une de deux heures et demi le matin, une de deux heures l’après-midi enchaînée à une autre de deux heures. Nous sommes deux parents avec/contre/pour deux enfants à 18h37.

Les enfants ont été mignons et insupportables aujourd’hui. Ils se sont chamaillés, ont joué tranquillement, m’ont réclamé tout et son contraire. Les enfants ont été des enfants. À 18h29, ils se sont mis des claques pour lire un livre, et à 18h33, ils ont jeté des pelures de clémentine sur le tapis du salon. À 18h37, je suis donc en train de pleurer dans la cuisine, avec mes mains pleines de clémentine.

 

J’en veux à tout le monde aujourd’hui.

À mon mari, avec ses satanées réunions, oui je sais celle-ci était dernière minute, et celle-là s’est éternisée.

Je m’en veux à moi, d’avoir eu des enfants, celui-là est pénible, celui-ci est pire.

J’en veux à la première personne qui a été contaminée au coronavirus et commencé la catastrophe.

J’en veux de façon large, ridicule et idiote à la terre entière.

J’en veux avec un peu plus de rationalité à cet écran de Zoom qui retient sans arrêt mon mari, un Zoom peuplé de messieurs barbus, où personne ne s’est allié à la cause féministe en disant haut et fort: en fait, chers collègues, si on tient des réunions de deux heures, nous et le patriarcat, on met tout le poids de la famille sur les femmes de notre entourage, donc je propose qu’on limite le nombre et la durée de nos vidéoconférences pour prendre une part égale à la vie du foyer en ces temps où l’égalité femmes-hommes est en train de reculer. Il serait temps de dézoomer, de se dire que pendant qu’il y a la réunion Zoom, ce qu’on ne voit pas, ce sont les femmes qui triment.

Et tous les collègues barbus d’acquiescer: oh, oui, effectivement, très juste, votons sur cette motion à l’unanimité, félicitations, poignées de mains virtuelles, hourras.

Quand je suis fatiguée, j’ai des rêves utopico-féministes qui manquent de fleurs bleues mais qui sentent bon la révolution.

-Et demain?

-J’ai une réunion zoom.

 
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