Un moment chocolat rien qu'à moi
 

Batailles choisies #108

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En deux mots:

Je n’ai plus à me cacher pour manger mon chocolat. Non, cette semaine, je le mange visiblement et bruyamment. Vivent les enfants chez Mamie.


 

Grand est chez sa grand-mère. Il n’y a donc plus qu’un enfant à la maison. C’est vrai que celui qui reste est le pire des deux, le plus jeune, le plus fatigant, le plus pleurnicheur, celui qui dort le moins bien et qui enchaîne les bêtises, les renversés et les cassés.

Mais après cinq mois des enfants dans les jupes toute la journée, je ne vais pas faire la fine bouche: un seul gamin, c’est presque le paradis.

Mon après-midi est d’habitude ritualisée, immuable: quand Petit s’est endormi, je descends installer le vidéo-projecteur pour le moment vidéo de Grand. Je vais ensuite me cacher dans la cuisine pour manger mon chocolat avec un bol de yaourt. Je fais extrêmement attention à ne pas faire tinter la cuillère sur le bol pour que mon aîné ne me demande pas ce que je mange, j’engloutis vite mon petit plaisir en prenant garde à étouffer le bruit du papier alu froissé pour éviter l’Inquisition.

Mais, depuis deux jours, oh! Oh! Dès que Petit dort, j’ai tout le rez-de-chaussée pour moi, personne dont je doive me cacher… alors je sors la boîte de chocolats du chocolatier qui est d’habitude cachée tout au fond d’un placard, à l’arrière des chocolats de supermarché que je donne généreusement à mes petits chérubins. 

Je sors la boîte, m’installe au soleil, ne fais pas attention au bruit que je fais et, lentement, sans me presser, en remerciant en moi-même la grand-mère et la sieste, deux inventions extraordinaires, je mange goulûment la moitié de la boîte.

 
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Heloise Simonchocolat
Le syndrome de Dory, ou l’amnésie maternelle
 

Batailles choisies #107

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En deux mots:

Les mamans ne se souviennent de rien. Ça doit être pour ça qu’elles font plus d’un enfant.


 

Mais est-ce qu’à deux ans, Grand était aussi difficile à habiller? Est-ce qu’il fallait lui courir après comme ça? Parce que, là, pour Petit, c’est pfiou! Il faut le poursuivre, lui mettre par traîtrise, en lui faisant croire qu’il y a une girafe dans le jardin, un vêtement après l’autre, une chaussette, un pantalon, l’autre chaussette, un t-shirt, pull en option si la chasse a été trop longue déjà. Souvent, ses vêtements à peine mis, il essaie de les enlever en me regardant droit dans les yeux d’un air de défi, et qu’est-ce que tu vas faire grognasse.


C’est pénible! Il était comme ça, Grand?

Impossible de me rappeler quoi que ce soit de précis de l’aîné. 


Je demande à ma sœur qui a vécu avec nous quand mon aîné avait l’âge de Petit:

-Tu te rappelles si Grand était aussi difficile à habiller?

Elle éclate de rire. 

-Ben oui, tu te rappelles pas que c’était la bataille tous les jours de l’habiller?

« C’est fou d’oublier comme ça »



Euh non.

C’est fou d’oublier comme ça. Deux ans d’écart, deux ans, ça ne fait pas beaucoup, et pourtant je ne me rappelle pas. Évidemment, tout n‘est pas passé aux oubliettes. Je me souviens des plus âpres batailles: réussir à sortir de l’appartement pour aller à la crèche, étaler, maman, étaler le beurre sur la tartine, pas déposer, ou apprendre la propreté.



Mais il n’en reste pas moins que je suis incapable de comparer Grand et Petit, que les ennuis que j’ai eus avec mon aîné se sont perdus dans ma mémoire.



C’est quoi cette amnésie alors?

À quoi elle sert? 

« La nature veut effacer nos peines anciennes »

J’ai l’hypothèse que c’est la nature qui veut effacer les peines anciennes (qui étaient minuscules) et faire de la place pour les nouvelles à venir. Elle marche d’une étrange façon, cette mémoire de maman. Ma mère d’ailleurs est incapable de se souvenir à quel âge l’un de nous trois faisait telle ou telle chose, ou si un apprentissage était particulièrement laborieux. Ah, non je ne me rappelle plus.

 

La mémoire de maman doit avoir un usage: laisser les bons souvenirs en effaçant les moins bons. Si je faisais le compte, je crois qu’il y aurait, dans ma mémoire vive, plus de moments joyeux alors qu’au quotidien, c’est l’inverse.

Et c’est comme ça qu’on fait un deuxième enfant alors qu’on s’est dit plus jamais ça pour le premier. Ça doit être le même truc qu’utilise le corps envoyant des signaux positifs à la femme sur le point d’accoucher, pour lui faire croire que tout va bien se passer, pour qu’elle saute dans le vide les yeux bandés avec un grand sourire.



J’ai donc vraiment l’impression d’être Dory face à mes enfants. Je ne me souviens de rien et je m’extasie devant ou m’interroge sur les mêmes choses pour le deuxième que pour le premier, avec la même impression de fraîcheur et de nouveauté - et un sourire bien moins béat quand même.

 
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