Avancer ma vie de 15 minutes
 

Batailles choisies #146

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En deux mots:

J’ai développé deux techniques pour avoir l’impression d’avoir une vie intellectuelle alors que j’ai des enfants. C’est pas infaillible, évidemment, mais ça peut sauver des têtes.


 

Quand Petit avait autour de 18 mois, j’avais pris l’habitude de le mettre dans la poussette et de le balader dans mon quartier pour l’endormir. La promenade durait trente minutes, parfois plus.

20h30 en été, chaleur qui n’est pas pesante, vent frais.

Pendant la balade, j’écoutais de la musique, parfois des podcasts. Au lieu de mettre Petit dans son lit et de l’endormir (activement, c'est-à-dire de le caresser, de lui fredonner des chansons, de taire ma frustration d’être coincée avec lui), il était endormi par le bercement de la poussette. Je pouvais revenir activement à moi: faire quelque chose qui me fait du bien, musique qui mène aux pensées qui divaguent alors qu’elles ont passé la journée à buter sur un gamin. 


« Être si souvent aliénée »


Une des choses les plus dures pour moi dans la maternité, c’est d’être si souvent aliénée, empêchée d’avoir mes propres pensées, de vivre tranquille dans ma tête parce que les enfants, eux et leurs besoins, l’obnubilent toute entière et l’interrompent constamment.

Trente minutes de promenade le soir, où la poussette endort l’enfant en me laissant libre, c’est une façon de récupérer ma vie trente minutes plus tôt, de grignoter du temps à moi, de retrouver ma contenance d’être pensant (pour moi, pas pour le moment stratégique auquel lancer une lessive).



J’ai dû renoncer à ce moment au bout de quelques mois parce qu’il a commencé à faire froid et que Petit n’a plus voulu aller dans la poussette. J’ai dû revenir à le coucher dans son lit, et attendre qu’il s’endorme, caresses, chansons, nerfs en boule de la demi-heure à hurler intérieurement mais quand est-ce qu’il va s’endormir?

« Un moment pour moi »



Depuis quelques semaines, j’ai une nouvelle façon de procéder, et j’espère qu’elle va durer un peu: on lit des livres pour lui dans mon lit, puis on dit dodo, et il s’endort à côté de moi pendant que je lis ostensiblement un livre. D’ailleurs, je lui dis: “allez, bonne nuit, Petit fait dodo et Maman lit son livre”. Il gigote pendant un bout de temps, je le caresse d’une main en tournant les pages du livre de l’autre. 



C’est un tel cadeau de pouvoir lire tous les jours, ne serait-ce qu’un petit quart d’heure! Un cadeau d’échapper aussi à ces quinze dernières minutes où Petit combat le sommeil et qui sont si dures parce qu’à cette heure-là, j’ai envie que sa journée soit finie, j’ai envie de passer à un moment pour moi, j’ai envie de passer à moi.



Ne pas trop espérer, profiter de cette technique de coucher pendant qu’elle est possible, car c’est sûr, ne durera pas bien longtemps.

 
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Petits instants de bonheur
 

Batailles choisies #145

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Pas le temps de lire tout de suite?

En deux mots:

Lire un livre avec son enfant, bonheur.


 

Petit regarde la couverture d’un imagier qu’il me fait lire tous les soirs depuis quelques semaines. On a déjà lu le livre une fois, on regarde la couverture, il va demander à le relire incessamment sous peu.

On est tous les deux dans mon lit, en pyjama, au chaud.

C’est un moment où je peux, presque chaque jour, voir ses progrès de langage et de pensée. 

Pendant des semaines, il a regardé le livre en silence d’un air concentré. Il s’est imprégné pour pouvoir nommer à son tour: ça a commencé doucement par “tcha” (chat), “tlain” (train), “bonbons”. Chaque jour, il connaît plus de mots, prononce mieux ceux qu’il connaît. Il en dit plusieurs à la suite, comme “glaces à l’eau”, “camion élévateur” ou “train de campagne”. Surtout, il rapproche certaines images et certains mots de sa vie. Il voit un petit garçon jouer avec une voiture, et il dit “voiture Grand”, évoquant les majorettes de son grand frère. Il fait référence à sa vie avec Papa qui a le pouvoir de mettre en route l’arrosage automatique, quand il voit une image de jet d’eau, il dit “Papa alosage agua”.

Et ce soir, Petit fait cette chose qui me fond le cœur... Il nomme une image qui représente un bain de bulles, disant avec assurance: “bain di bulles”. J’acquiesce. Parce qu’il trouve que mon enthousiasme n’est pas à la hauteur de son savoir, il s’approche très près de mon visage et me crie en pleine face “Maman! Maman” jusqu’à ce que je lui renvoie le “Oui, mon chéri?” dont il est digne et alors, toujours en criant, il me répète son mot “Maman! Bain di buuulles! BAIN DI BUUULLES” jusqu’à ce que j’acquiesce vraiment, “exactement mon chou! Un bain de bulles, comme toi avec ton frère”. Alors il fait oui de la tête, content que je lui accorde l’importance que mérite sa remarque.

Je pouffe de rire. Je le regarde avec amour, lui qui me fatigue tant, j’en oublie qu’il me fatigue tant et que j’ai hâte qu’il s’endorme. C’est un bonheur de le voir ainsi, avec ses beaux yeux sombres et sa curiosité pour le monde.

Et je souris parce que l’imagier qu’on regarde ce soir, et que mes enfants adorent, s’appelle “Petits instants de bonheur”

En effet.

 
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Heloise Simonlivre, bonheur