Une grossesse à plusieurs
 

Batailles choisies #170

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En deux mots:

Petit bonheur de la vie d’avoir un aîné qui s’intéresse à la grossesse de sa maman.


 

Avec mon ventre qui pousse et pousse, les enfants sont curieux de ce bébé dont on leur parle tant.

Petit s’y intéresse à sa manière, du haut de ses bientôt deux ans et demi. Il utilise mon ventre comme un tambour, tapant dessus à pleines paumes ou mettant de gros coups de ses petits poings en criant “bébé, bébé!” Un jour, il m’a caressé le ventre doucement, en disant “bébé”, et en faisant des bisous. Je me dis qu’il comprend mieux… oui, ici, c’est le bébé, mon chéri. Et puis Petit s’est mis à tambouriner un de mes seins en criant joyeusement “autre bébé, autre bébé!”

Bon, le concept n’est pas encore parfaitement acquis. 


Chez Grand, en revanche, c’est beaucoup plus clair. On a emprunté des livres sur la grossesse et la naissance à la bibliothèque de l’école. Il les a lus avec beaucoup d’intérêt et de curiosité qui transparaît dans ses questions pertinentes: 

-(Regardant mon ventre, et posant la question d’un air étonné) Mais Maman, par où il va sortir le bébé? Par où?

-Et Maman, le bébé mange avec un tube dans le ventre? Et quand tu manges de la moutarde, il trouve que ça pique?

  

Quand j’étais enceinte de mon deuxième enfant mon premier avait deux ans et demi, le même écart que Petit aura avec le nouveau bébé. Je ne peux pas vraiment dire que je partageais quelque chose avec mon aîné. J’avais la même impression que j’ai maintenant avec Petit: je le prépare à devenir grand frère. Je le prépare à devenir Moyen.


Alors j’adore que Grand me caresse le ventre, fasse un bisou au bébé tous les matins et tous les soirs, lui parle, aime sentir que ça bouge là-dedans. C’est un vrai moment de partage, pour moi, pour lui.

Et je suis heureuse que Grand s’intéresse autant au miracle de la vie, parce que sa maman se rappelle que le bébé existe quand elle va se coucher et qu’il commence à faire ses danses irlandaises et parce que son père lui dit bonjour à travers la peau uniquement entre deux réunions et s’il ne répond pas à des emails sur son portable. 


Grand, tu l’attends impatiemment, ce bébé à naître. Merci!

 
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Un petit chagrin, beaucoup d’amour
 

Batailles choisies #169

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En deux mots:

Les petits chagrins de mes enfants peuvent briser mon cœur, ou le gonfler d’amour. Un peu des deux, je crois.


 

Grand est dans la chambre en haut, accroupi au milieu des pièces éparses d’un puzzle en mousse, l’air tout dépité. Je tombe sur lui par hasard, persuadée qu’il était dehors.

- Ben alors, Grand, qu’est-ce qui t’arrive? Qu’est-ce que tu fais là?


Nous sommes chez Abuelita. Grand a invité la petite voisine à jouer. Il y a eu un micmac: la mère de la petite voisine l’a appelée pour qu’elle rentre, elle est descendue de suite, mais Grand n’a pas compris qu’elle rentrait chez elle et il est là-haut, assis gentiment, il l’attend pour finir le puzzle.

Elle est partie sans lui dire au revoir, sans qu’il puisse la raccompagner jusqu’à la grille, qu’il puisse continuer de lui parler à travers la haie, qu’ils se disent à demain comme ils font d’habitude.


-Je voulais finir le puzzle avec Colombina, me dit-il à demi-voix. Pourquoi elle est partie?

Grand est toujours accroupi au milieu des pièces, il a la voix cassée et les yeux rouges de celui qui se retient de pleurer. Il me dit doucement:

-Je suis triste.

C’est la première fois qu’il exprime une émotion comme ça, si ouvertement, sans que je l’incite à le faire.

-Tu es triste, je comprends, c’est juste qu’il fait déjà noir, la maman de Colombina l’a appelée, alors elle est partie tout de suite. Demain, tu voudras qu’elle revienne finir le puzzle?

-Je veux rentrer à la maison. Je ne veux pas rester chez Mamie. On peut partir?

Grand, tout penaud avec son cœur fendu, trouve comme seule solution de s’éloigner de sa déception, de son incompréhension, de rentrer chez nous, au moins par la pensée, où il n’y aura pas de tristesse.

Je lui dis d’accord, je prends le pari que c’est une fuite de dépit, qu’il aura oubliée sous peu. Je prends sa main dans la mienne, doucement, en le laissant avec sa tristesse, en essayant de lui donner des armes pour l’accepter, sans la faire disparaître. On ne parle pas pendant quelques minutes.

 

Grand est toujours là avec ses pièces de puzzle, son chagrin d’amitié, son sentiment d’abandon, ses yeux tout rouges. Il hoche la tête et sans me regarder, sans verser de larmes, se blottit contre moi pour un câlin.

 
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Heloise Simonchagrin, câlin