Mon fils le gaulois
 

Batailles choisies #280

Un solide apport culturel français pour ma famille de franco-chiliens: le plaisir de lire Astérix, dont Grand s’empare avec beaucoup (trop) d'enthousiasme. 🇫🇷


 

Grand adore feuilleter les albums d'Astérix que nous avons à la maison, deux classiques en particulier: Astérix le Gaulois et Le Tour de Gaule. Son Papi les lui lisait pendant l’été, lui expliquant avec beaucoup d’application les chars, les Romains, la potion magique, les baffes. Grand ne sait pas lire, mais il s’installe souvent avec un album du héros gaulois et regarde avec attention pages et vignettes. Je pense qu’il s’est attaché aux personnages, au pays représenté dont on lui répète que c’est un peu la France, un lieu festif qui regorge d’aventures et de sangliers.


Mon mari et moi avons une appréhension à chaque fois que Grand prend un de nos livres, bien rangés sur des meubles dédiés. Il suffit de voir certains de ceux des enfants pour comprendre cette crainte que le pauvre Astérix ne ressorte pas entier: livres déchirés, pages cornées, dos défaits, scotch à la rescousse de ci de là. Grand, tu ne touches pas à nos livres, ok!


Aujourd’hui, Grand est parti boudé en haut. Longtemps. Il ne fait plus de bêtises, alors on l’oublie, longtemps aussi.

Il finit par redescendre, ne boude plus et est au contraire tout content de lui: regardez, j’ai fait un dessin!

Sur une des dernières pages du Tour de Gaule, une page blanche, il a fait des dessins au stabilo jaune fluo et à l’épais feutre noir qu’il a pris dans le bureau de son père.

Mon mari et moi retenons un soupir horrifié tandis que Grand décrit son travail, qu’il a fièrement signé en écrivant son prénom. 


- Et c’est quoi ça (je désigne un petit bonhomme avec des mains en fleurs)?

- Ça, c’est Astérix!

- Et c’est quoi ça (je désigne une sorte de tour en gribouillis)?

- Ça, c’est le feu du banquet!

- Et c’est quoi ça (je désigne une sorte d’arbre)?

- Ça, c’est le menhir!

Attendrie par son air à nous avoir fait une surprise dont on va être contents, je lui explique doucement qu’il ne faut pas dessiner sur les livres, même sur les pages sans dessin, mais que je vois qu’il aime beaucoup Astérix. Grand semble tout étonné de cette interdiction: il ne comprend pas, il a dessiné sur une page toute blanche! 

Attendrie, oui, et fière, j’avoue, que mon fils connaisse le mot “menhir”.


Ni mon mari ni moi n’arrivons à lui faire de reproches. 

On lui pardonne, hein, mon chéri? Au moins, il a dessiné Astérix sur un album d’Astérix, c’est doublement français pour un petit chilien, non?


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Heloise Simonbêtise, Grand
Grand l’insolent
 

Batailles choisies #279

Grand, 5 ans et demi, est un affreux garnement en ce moment, insolent, prétentieux, têtu: ça passe ou je me casse? 🙄


 

Depuis quelques semaines, Grand est une vraie tête à baffes. 

Mon aîné, si sensible, si doux, si naïf, est-ce le même que ce gamin qui répond “c’est pas à toi que je parle!” en aboyant, qui me tire la langue quand je lui demande d’enlever ses chaussures avant de sauter à pieds joints toujours chaussés sur le canapé, qui affirme qu’il aime faire pleurer son petit frère?

Qui est ce sale gosse?


Je suis désemparée par ses mouvements d’humeur, par sa façon de nous répondre, par ses bouderies et ses méchancetés. J’essaie de me dire qu’il teste sans doute son pouvoir de nuisance, que ça va lui passer. Mais je n’en sais rien.


Il est clair qu’il prend plaisir à embêter les autres, à faire du mal: il dit à son père qu’il n’aime pas le cadeau qu’il lui offre, avant de le jeter au sol ou de le repousser avec dédain; il chamaille son frère jusqu’à ce que celui-ci entre dans une crise de rage, en le narguant avec un jouet qu’il voulait, en le tirant par le t-shirt, en le traitant de nain; il boude et ne me parle plus parce que je n’ai pas voulu lui donner un deuxième chocolat; il dit à ma sœur qu’il ne veut pas fêter son anniversaire parce qu’il ne veut pas qu’elle soit contente et qu’il s’en moque qu’elle parte bientôt. 


Grand est comme un avant-goût d’adolescent, et j’avoue que je n’en redemande pas: quand il décide de monter dans sa chambre et claque la porte en hurlant “et bien, puisque c’est comme ça, je ne te parle plus”, je souffle d’exaspération et me trouve bras ballants à me demander comment faire, comment réagir.

Le plus dur pour moi, c’est que ses rancunes durent des heures entières (ce qui hypothèque la technique du “ignore-le ça va passer”) et surtout qu’il nous parle comme à des chiens. 

Lorsqu’il a un comportement inacceptable, comment le modifier, comment lui faire comprendre? 


J’ai essayé diverses techniques et voilà ce qu’elles donnent.

Lui expliquer calmement qu’on ne parle pas comme ça, que c’est blessant pour les autres, ça donne:

- Moi quand on me parle comme ça, je me sens mal, c’est blessant, c’est méchant.

- Très bien, moi j’aime être méchant!

Lui montrer qu’il y a des conséquences à un comportement anti-social, ça donne:

- Dans ce cas, joue dans ton coin, moi je n’ai aucune envie de jouer si on me traite comme ça.

- De toute façon, moi, je préfère jouer tout seul et de toute façon, toi, tu es nulle au Monopoly.

Me fâcher, ça donne:

- Il est hors de question que tu parles comme ça à ton frère!

- (Grand tire la langue)


Restent la baffe, le martinet et la ceinture, j’imagine.


J’essaie de me dire que ce n’est qu’une phase, mais je suis aussi assaillie de doutes: est-ce nous, ses parents, qui lui avons montré le mauvais exemple? Est-ce qu’on ne lui consacre pas assez de temps ou d’amour? Est-ce qu’on cherche à trop comprendre ses émotions? Ou pas assez? Est-ce qu’il y a une solution à sa jalousie?


Je n’ai pas de réponse.

J’espère juste que ça passe parce que, me semble-t-il, il n’est pas autorisé que je me casse.


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Heloise SimonGrand, progrès