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Batailles choisies #300

Allez, c’est décidé: j’arrête mon blog. Ou en fait, non. Je ne peux pas arrêter maintenant! Je dois continuer. Il le faut et j’en ai besoin.  Article spécial… c’est la Bataille Choisie numéro 300! Merci à vous, mes lecteurices, qui me donnez envie de continuer! 🔫


 

Bon. 

J’arrête mon blog.

Allez, tchao. 

Je n’ai rien à dire ce soir

Pas d’idées. 

Je suis fatiguée. 

Enfin, si. 

J’ai des idées, oui. 

Mais je suis fatiguée. 

En même temps, j’ai des idées.


Héloïse, tous les jours tu te dis que tu vas arrêter ton blog! Et puis tous les jours, tu te dis que tu vas le continuer! C’est comme une blague à toi-même ou quoi?

C’est juste que… c’est du boulot, beaucoup de boulot, un travail de fou, de folle, de grappiller chaque jour des minutes pour écrire, regarder ses gosses et se dire oh il vient de faire ci ou ça, il faut pas que je l’oublie, si je l’écrivais, ce serait un bon post. 

J’en ai marre de me pousser moi-même dans les cordes! Ouvrir mon ordi à 22 heures, retravailler la phrase dont je me suis dit à 21 heures qu’elle ne collait pas...

Si je n’écris pas, ce soir, je pourrai regarder Netflix! Ça fait plus de cinq ans que je n’ai pas regardé la télé le soir… depuis que Grand est né, en fait… sûrement une coïncidence.

Bon, bref, une soirée Netflix, ça me fait rêver... 


Après… j’aime ça. J’aime écrire. J’adore. Si je pouvais m’y consacrer uniquement… mon rêve! Je suis fatiguée, mais avec mon écriture, avec ce blog, je… comment dire… je sens que je tiens quelque chose. Quoi, je ne sais pas. Mais je le sens. J’ai la certitude de partir dans la bonne direction, et tant pis si je ne sais pas où ça va, ou si je suis la seule à prendre ce chemin.

La seule, non. J’ai des lecteurs et lectrices. J’aimerais bien qu’il soit plus lu, mon blog, c’est certain. Qu’un jour il soit publié, j’aimerais qu’il trouve son public, que sur le bord du chemin où je me suis engagée, parfois, il y ait des haies de supporters, vas-y, Héloïse, vas-y, tu peux le faire, n’abandonne pas maintenant! Ou qui sait, des haies d’honneur... 

Et puis, il est utile à d’autres parents, d’autres mères. Il fabrique une sororité de maman, une mamanrorité, ah, c’est marrant, ce mot, peut-être que je peux écrire un article pour l’utiliser.

Enfin, utile… non, il ne sert à rien. Si, il parle de choses importantes. Enfin, des choses sans importance mais importantes. Il sert à quelque chose pour ça, oui: il sert à fabriquer du signifiant avec des trucs insignifiants. À faire exister des vies qui sinon vont être englouties dans l’oubli.


Bon, qu’est-ce que j’écris, alors, ce soir? Il nous est arrivé quoi, aujourd’hui?


Ah oui, Milieu m’a murmuré un secret, comme lui seul sait le faire, la bouche enfoncée dans mon oreille, son haleine me chatouillant. Il m’a murmuré une histoire de chevaux, de rouge, d’étoiles. Le mot de passe des Illuminati? J’ai vu qu’il attendait une réaction de ma part: ses yeux me lançaient des questions, il avait ce sourire magnifique, il était plein de confiance envers sa maman. Mais son secret… évidemment, je n’ai pas saisi, et je n’ai pas compris s’il attendait que je lui dise “ah oui!” ou “ah non!” Ces yeux pourtant... ils exigeaient une réponse. Alors j’ai dit: “ah oui, bien sûr”. Milieu a sauté de joie et a crié: “avec des chocolats!”, les yeux pétillants. Je me suis dit: je crois que je me suis fait avoir. 

On va dans la cuisine chercher les chocolats - j’ai dit oui, difficile d’y couper. Grand attend à demi caché dans un coin. Il voit son frère qui me file le train et il me demande si c’est d’accord pour les chocolats. Ok, je me suis vraiment fait avoir.

Ces deux garnements! Ils passent leur temps à se chamailler, au point que je me sens tout le temps débordée, que je me dis que j’échoue à leur apprendre l’empathie et la solidarité. Et là, comme ça, ils font équipe pour un bien supérieur chocolaté!

Souffle d’espoir que la fraternité, un jour, prenne corps...

Est-ce ça, être mère? Se réjouir que ses enfants fassent les 400 coups, au lieu de se les mettre


Allez, j’écris ça et je le publie ce soir parce que sinon, qui va savoir que ça a existé?


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Ça sonne!
 

Batailles choisies #299

C’est la course! Arrivera-t-on à l’heure à l’école? Ou bien en retard, mais avec sourire aux lèvres et souvenir dans la tête? 3, 2, 1 top! 🔔


 

On habite juste à côté de l’école. On est donc toujours les derniers arrivés.

- Dans combien de temps on doit partir pour l’école, Maman?

- Oh, dans 15 minutes, mon grand, je réponds, en me fiant à mon horloge intérieure qui est presque toujours juste.

Presque.

Au moment où je mets les clés dans la porte, je regarde l’heure, sereine, en pleine confiance: mince, 8h25!

- Grand! On est super justes en fait! On va arriver en retard, vite, vite!


La course contre la montre commence, course au pas de trot parce qu’avec Dernier en porte-bébé, le sprint est exclu. 

Il y a un brouillard à couper au couteau ce matin et le froid est perçant. Je suis engoncée dans mes deux couches de vestes, serrée par le porte-bébé où gigote Dernier, lui-même engoncé dans un pyjama polaire d’ourson. Je prends par la main Grand, serré dans sa doudoune. L’équipe de bonhommes Michelin a peu de chance de réussir son pari, mais sait-on jamais...


Grand, avec son obsession pour les unités de mesure et sa compréhension encore floue du temps qui passe, donne le tempo, se montrant à la hauteur des enjeux:

Il reste cinq minutes, Maman?

Il reste quatre minutes?

Combien de minutes il reste? Trois, Maman, trois?

Et maintenant, deux minutes, seulement deux minutes?


Le bruit de nos pas, nos encouragements mutuels, mais si, on va y arriver, mais si, les mousquetons du porte-bébé qui cliquettent, le pot de yaourt en verre et la cuillère tintant dans le sac-à-dos de Grand forment la bande-son de notre équipée quichottesque.

On pouffe de notre effort désespéré, la main chaude de Grand dans la mienne, Dernier qui gazouille de joie dans son pyjama blanc d’ourson, sa tête devant moi bougeant au rythme de la course.


On croise les parents dans l’autre sens, ces parents qui, eux, sont arrivés à l’heure. Ils sourient de cette équipée, la maman jogging aux lunettes embuées par le froid et le masque, le garçon jogging qui veut se rassurer qu’il va arriver à l’heure, le bébé ourson qui encourage aussi dans son langage babilleur. 

Pardon, autres parents, pardon! Je fabrique des souvenirs d’enfance pour mon fils. Tu te rappelles, Maman, qu’on était tout le temps en retard, qu’on courait pour arriver à l’école?

On rit, Grand et moi. On rit aux éclats.


8h30.

En haut des marches.

En nage.

En triomphe.

Ça sonne

Yes.


Tope là, chéri!

Bravo nous!


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