La famille Poireau
 

Batailles choisies #322

Grand essaie de danser. Ma belle-sœur essaie de lui apprendre à danser. Et moi, que fais-je? Je les regarde, je souris et je me pose beaucoup de questions. 👯‍♀️


 

On va dire que c’est un progrès.

Grand danse.

En rythme.

Ah, non, là, il l’a perdu.

Mais ne voyons pas le négatif partout.

La majeure partie d’une chanson de 3:34, il danse en rythme.

Il progresse.

Il part de loin, il faut dire.

Vous les connaissez, les Jean-Michel du monde entier qui se dandinent gauchement aux mariages, qui ont un, ou deux maximum, mouvements de danse, impliquant souvent leur index dont ils tranchent l’air avec l’élégance d’une attaque de parapluie?

Eh bien, mon fils, à bientôt six ans, a déjà intégré ce prestigieux club.  

Autrement dit, et comme je l’ai déjà mentionné par ailleurs, il danse comme un poireau. Il a une posture un peu penchée, des bras mous, il bouge l’ensemble de son corps en une seule masse comme s’il avait peur de désagréger ce fût que forment ses jambes. Parfois, il tente des entrechats ou des pas-de-bourrés, mais avec l’élégance de son légume-miroir. 

En bref, dans la famille Poireau, je voudrais le fils.

Mon cœur de Maman le trouve tout de même mignon parce qu’il a cet air concentré, avec une timidité mêlée d’insécurité, qui dit qu’il fait de son mieux.

Il aime danser. C’est d’ailleurs pour ça qu’il a demandé à ma belle-sœur de danser avec lui.

Et ma belle sœur! C’est mon idole, avec son sens de la danse, de la fête, du rythme! C’est une femme extravertie qui met une sacré ambiance, qui s’intègre à n’importe quel groupe ou conversation dès qu’elle arrive. Elle enflamme la piste de danse, sur du disco, de la dance, du reggaeton, de la salsa, et peu lui importe si la piste de danse est présentement la terrasse glissante devant la salle à manger de notre belle-mère. Elle a les mouvements énergiques, le déhanché rythmique, la joie communicative.

Allez, Grand, comme ça!

Allez et hop! Et un, deux, trois! Allez, on tourne, ouaip, ouaip, bravo, bravo!

Allez, une autre, une autre!

Ce serait tellement bien que Grand apprenne d’elle! Qu’il se dise: voilà, c’est comme ça que je veux danser!

Alors que je vois mon fils se dandiner avec son air empoté et peiner à dégager l’énergie cadencée de celle qui l’instruit, mon regard attrape le reflet de la vitre.

Les index têtus qui insistent à trouer l’air.

Les bras courts.

La tête dodelinant.

Les pieds qui font une marche militaire molle.

Eh! Mais, ce reflet, ce n’est pas mon fils…

Aïe, flashback… je suis jeune femme, à une fête, je danse et dans ma tête, mes mouvements sont énergiques, mon déhanché est en rythme, mes bras s’agitent pour mettre toute la salle dans l’ambiance… sauf qu’une vitre dénonce mon reflet et ma danse pour ce qu’elle est…

Les index têtus qui insistent à trouer l’air.

Les bras courts.

La tête dodelinant.

Les pieds qui font une marche militaire molle.

Aïe, mais, ce reflet que je vois dans la vitre, chez ma belle-mère, à côté de la danse endiablée de ma belle-sœur, ce n’est pas mon fils... c’est... moi!  

Dans la famille Poireau, je voudrais la mère.


Batailles en vrac⭣

Batailles rangées⭣

Heloise Simondanse, Grand
Un peu ici, un peu là
 

Batailles choisies #321

Long week-end, famille proche, dehors, dedans, ici et là: de l’art de se décentrer, concentrer, déconcentrer. ꩜


 

Long week-end pour la fête nationale chilienne à la campagne, quelle chance d’être là! 

Avec beau-frère, belle-sœur et nièce toute fraîche, quelle chance qu’ils soient avec nous!

Chez belle-maman, vous ici, encore!


Trois jours qui sortent de mon quotidien, des minutes gagnées ici ou là pour travailler, 

Là, à la campagne, on aura tous une respiration,

Mais je penserai fort à là-bas, à ma maison, à la sieste du matin de Dernier pendant laquelle j’écris, je penserai à ma petite vie, mes petits combats et mes petites victoires quotidiennes, le bonheur de ma petite bulle.


Parce qu’ici, c’est un peu tout et un peu rien, un peu ici et un peu là, un peu la même chose et un peu différemment!

 

Je suis un peu ici avec Milieu à jouer avec de petits cailloux, un peu là quand Grand m’appelle pour chat perché, un peu plus ici avec ma belle-sœur pour parler nourrisson, j’arrive Grand, on va où? Là, dans le bac à sable? D’accord!


Ici, c’est la fête nationale. 

On entend, là, les voisins de droite faire des olympiades en beuglant de joie, on entend, là, les voisins d’en face danser cumbia et cueca, on entend ici, Grand faire la course en riant, Milieu appeler Tonton? Tonton? Où est Tonton?, Dernier s‘épanouir au grand air, fleurs, nuages, ciel bleu plein la vue.


Comme à chaque fois que je suis ici, je suis mi-chèvre, mi-chou, loin de ma rigueur et de ma discipline, de mon organisation autour des horaires des enfants: trois journées où j’aimerais bénéficier d’un peu plus de temps pour moi, mais je sais bien comment ça fonctionne et en prends mon parti - j’aurai un peu moins de temps.


Là, j’attends autour du barbecue, je peux me doucher ou j’attends encore, ah quelqu’un est déjà là, je vais rester un peu ici faire du bricolage avec Milieu pour soulager beau-frère et belle-sœur que leur nourrisson accapare, je vole quelques minutes, là-bas, en haut, pendant qu’ailleurs tout le monde s’occupe, il faut rester ici parce que sinon les enfants sont tout seuls, à quelle heure on mange, je m’assois là, ou bien là?

Je lutte avec Dernier que je n’arrive pas à endormir, qui, ici, est perdu, stimulé de toutes parts, il ne veut pas aller là, où on fait dodo, non, il veut rester dehors avec tous ces gens si rigolos, ce tonton et cette tata qui amusent les enfants avec un brio et un enthousiasme toujours renouvelés qui ne cessera jamais de m’impressionner.


Passer par la cuisine, aller changer la couche, revenir à la salle de jeux, sortir, rentrer chercher les chapeaux, elle est où la crème solaire? Ici? Maman, on joue à 1-2-3 Soleil? Tu te mets là!


Il faut que je lutte pour ne pas regretter mon là-bas, ma maison, où je peux travailler. Il n’y a pas que le travail dans la vie. Les gens, la famille, c’est bien aussi. Il faut être dans le maintenant et l’ici.

J’ai le sentiment d’être dispersée, éclatée aux quatre coins.

Mais il est bon, doux, parfois, de se décentrer, de plonger dans le vortex de la vie de famille où chacun s’arrange autour de chacun et personne ne fait rien.


Oh! Comme c’est curieux… je suis dans le bureau, il est dix-huit heures - d’habitude, horaire perdu. Monsieur Temps-pour-Moi, vous ici? 


Un peu ici, un peu là, un peu nulle part, un peu partout, un peu rien, un peu tout.


Batailles en vrac⭣

 

Batailles rangées⭣

Heloise Simonfamille, temps