#1 : dans 365 jours, j’arrête le smartphone

Une montre et un paquet de post-its

 

Vous connaissez quelqu’un à qui le régime Cactus ferait du bien? Transférez-lui cette newsletter.


J’ai décidé de ne plus avoir de téléphone portable. Voilà. 


Je vais arrêter d’utiliser mon smartphone. 

Je vais effacer presque toutes mes applications. 

Je vais silencier les autres applis. 

Je vais, surtout, ne plus prendre mon portable quand je sortirai, pour aller au travail ou en vadrouille. Il restera là, à m’attendre, dans la cuisine, entre ma cafetière et mon petit cactus en pot de céramique verte, pendant que je serai dans le monde, libre comme le vent.


Héloïse a quitté le groupe.

Dernière connexion le 24 septembre 2026.

Ce compte a été supprimé.

2678 notifications non lues.

Ting Ting: Bilan de votre temps d’écran quotidien: 14 minutes.

Pour la météo? Ben, regarde par la fenêtre et prends un parapluie au cas où.   

 

Ce n’est pas le mois de janvier, mais voici tout de même mes bonnes résolutions: j’effacerai  mes réseaux sociaux. J’arrêterai Whatsapp. Je n’ouvrirai plus d’applis à la moindre seconde d’ennui. Et j’arrêterai de passer mes soirées sur Youtube.   


Cela fait longtemps que j’y pense, des années de façon diffuse, des mois de façon plus aiguë. Pourtant, je remets toujours à demain, à plus tard, à un autre monde, cette résolution qui m’effraie et m’en impose. Je remets à demain parce que je ne sais pas comment m’y prendre, comment commencer à arrêter le smartphone, comment continuer à arrêter le smartphone, comment finir par arrêter le smartphone.  


Je suis sûre, pourtant, que je ne veux plus de cette vie, que je ne veux plus, le soir, sur mon canapé, looser sur Youtube pendant, quoi, 10 p’tites minutes, ah non, 30 minutes, pardon, 55, non, autant pour moi, 1h37, 1h37 de vidéos de moins de 5 secondes. Je ne veux plus sursauter soudain, me réveiller comme si je sortais d’un cauchemar ou avais échappé à la noyade, regarder mon mari qui lui, entame une nouvelle minute à perdre son temps sur son téléphone, et dire d’un ton éteint: bon, je vais me coucher.  


Voilà, je veux arrêter l’infinite scroll, les likes, les apps et le reste.


Sauf qu’il y a loin de la coupe aux lèvres. 

Il y a loin du dire au faire.

Entre le dire et le faire, il y a la mer.  


C'est pour ça que je commence cette newsletter: je veux promettre aux autres, pour me promettre à moi-même, que dans un an, j’arrête le téléphone portable. J’ai besoin de vous mettre dans ma barque (croisière sur eaux turquoise ou radeau de la Méduse, qui sait?), de partager avec vous les tribulations de cette odyssée moderne: arrêter le smartphone. 

   

Parce qu’en fait, j’en ai besoin pour quoi, de mon téléphone portable? 

Pour regarder des vidéos de 5 secondes pendant une heure trente? Mouais. C’est pas bon, ça.

Pour répondre aux messages du boulot super vite? Mouais. Pas bon, non plus.

Pour acheter en un clic des trucs dont je n’ai pas vraiment besoin et qui auront la durée de vie d’un insecte? Mouaif. 

Pire, pour regarder des trucs à acheter en un clic pendant 1h10, avant de décider de ne rien acheter?


Donc, pour quelle raison objective, ai-je absolument besoin de cet appareil? 

Pour voir l’heure. 

Et aussi pour noter les idées qui viennent à l’écrivaine que je suis. Parce que dans mon smartphone, il y a, et c’est pour ça que je n’arrive pas à l’abandonner, attention, écoutez bien: une application pour prendre des notes. 

J’ai donc un an pour me faire à la lente et douloureuse réalisation que mon smartphone est moins utile qu’une montre et un paquet de post-its.


Entre le dire et le faire, ce n’est peut-être pas la mer à boire, en fin de compte. 


Alors, venez avec moi, regardez-moi dire aux gens, “ah non, je n’ai plus de portable, si, si, j’vous jure, c’est pas une blague - mais comment tu fais pour la banque ta famille Uber Maps”? 

C’est grâce à vous que je vais y arriver.

Parce qu’on va ramer tous ensemble dans la même direction et qu’ainsi, on abordera à des rivages doux et paisibles, sereins et verdoyants.


Un an jour pour jour.


Et vogue la galère.