À cet homme qui a choisi de ne pas faire d’enfant
 

Batailles choisies #65

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En deux mots:

Ci-dessous, une anecdote qui me rappelle que j’étais complètement à côté de la plaque quand je n’avais pas d’enfant.


 

J’avais une vingtaine d’année, j’étais dans un autocar quasiment plein. Une femme et son fils (six ou sept ans) montent. Comme il n’y a pas deux places libres côte-à-côte, la mère demande à un homme s’il veut bien lui laisser sa place pour qu’elle et son fils soient assis ensemble. 


« Moi, j’ai choisi de ne pas faire d’enfant. »


Silence de quelques secondes. 

- Ben non, je préfère pas. Moi, j’ai choisi de ne pas faire d’enfant, donc je vois pas pourquoi je devrais changer de place.

Un peu sonnée, elle ne sait pas quoi répondre, s’éloigne en contenant de toute évidence sa colère. Et puis quelqu’un qui a entendu cet échange lui laisse gentiment sa place. C'était il y a quinze ans, et je m’en souviens.



À l’époque, je me rappelle avoir trouvé ça osé de la part du monsieur, mais finalement courageux. Voilà, dire non comme ça, refuser de se plier aux attentes de la politesse, et puis c’est vrai que les parents s’imaginent toujours qu’avoir des enfants leur donne la priorité sur plein de choses. À l’époque, je me dis qu’il a raison finalement, il a pas fait d’enfant, il a pas à assumer les problèmes des autres. À l’époque, je n’ai pas d’enfant.



« Maintenant, j’ai honte »

Maintenant, j’ai honte d’avoir pensé ça, de voir à quel point il était intégré pour moi qu’une mère en demande toujours trop - pfff comme si c’était mon problème, son enfant. Alors qu’en tant que mère, je trouve qu’on m’en demande toujours trop, et qu’on ne se plie pas assez à mes besoins. Me voilà officiellement passée de l’autre côté du miroir. J’espère qu’il y aura des places assises à côté.

 
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Miam, manger
 

Batailles choisies #66

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Pas le temps de lire tout de suite?

En deux mots:

ll y a quelque chose de tellement attendrissant à regarder Petit, presque deux ans, goûter un aliment pour la première fois. 


 

Avec beaucoup de précaution, Petit choisit dans la barquette une mûre. Il la soulève comme s’il avait peur qu’elle se brise, approche doucement le fruit et ouvre grand la bouche. Il place la mûre sur la langue et se met à mâcher avec application, les yeux interrogatifs légèrement tournés vers le ciel.

Qu’il est mignon, ce visage expressif de la découverte, les sourcils froncés quand il n’est pas encore sûr de quoi en penser, les mandibules qui testent le matériau, plutôt croquant, plutôt fondant, les papilles qui amènent au cerveau des dizaines de questions, la grimace et le recrachage impoli mais efficace si on n’aime pas, les yeux pétillants si on aime, et la bouchée à peine terminée, la bouche encore pleine qui crie “‘encore”!

C’est ainsi qu’on devrait tous manger, en faisant plein de bruits de bouche que la politesse nous interdit à nous, adultes, mais qui fait réellement partie du plaisir de manger: mâcher consciencieusement fait du bruit, la langue qui claque, les dents qui frottent les unes contre les autres, les mâchoires qui s’ouvrent et se referment, la salive qui mouille tout.

Regarder Petit prendre plaisir à manger me remplit le cœur et recharge mes batteries. 

Par contre, ne pas regarder l’état du t-shirt ni de la salle à manger.

 
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