Une mère libre
 

Batailles choisies #166

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En deux mots:

J’ai souvent du mal à apprécier les personnages de mère dans la littérature contemporaine.  Dernier roman lu sur ce thème: une mère libre. Mais enfin, c’est de la science-fiction!  


 

J’ai lu un roman de la rentrée littéraire, peu importe lequel, qui m’avait été recommandé: c’est l’histoire d’une mère qui est une femme libre, ou plutôt d’une femme libre devenue mère et qui cherche à le reste (libre). Tiens, prends-le ça devrait te plaire.


Le problème, c’est que ça ne me plaît pas du tout. Pourquoi? Pourquoi me hérisse-t-elle comme ça, cette héroïne? 

L’idée du roman est nettement de montrer un personnage de femme affranchie, qui ne doit rien à personne et peut se fabriquer une vie à l’autre bout du monde en quelques années de fougue et d’audace, qui soit capable de partir quand elle le veut, de tout planter sans se justifier, ni aux autres ni à elle-même.


Bon, déjà, je trouve toujours suspects les personnages qui voyagent autant sans jamais rater un bus

Mais si je fais ma liste de doléances de cette mère libre, ce serait:

Je n’aime pas les héroïnes qui vivent tout passionnément.

Je n’aime pas les héroïnes qui ne rient jamais.

Je n’aime pas les héroïnes qui se souviennent, 20 ans après, du bruit exact du froissé des draps de leur premier amant. Je n’aime pas ce monde plein de texture.

Je n’aime pas les héroïnes n’ayant que des conversations qui ont du sens, des pensées élevées. Pas une seule pensée banale?


 Dit simplement, je n’aime pas les héroïnes féminines qui s’en sortent mieux que moi.


Ce que j’aime dans les personnages, masculins comme féminins, c’est qu’ils se battent dans leurs prisons, quelles qu’elles soient, qu’ils soient englués, et livrent une bataille avec eux-mêmes, avec les autres, qui finit par être belle. J’aime les personnages qui n’ont pas peur de n’être personne. Les mères qui n’y arrivent pas, celles surtout qui n’ont pas de sentiments élevés. 

Parce que c’est quand elles croient n’être personne, qu’elles se battent dans leur invisibilité, qu’elles s’élèvent, non? 

Enfin… je projette un peu mes propres batailles.


J’aime les personnages de looseurs et de looseuses. 

Et quelle plus grande looseuse qu’une mère?

 
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D’autres batailles ⭣

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La visio de trop
 

Batailles choisies #165

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En deux mots:

D’autres parents qui se sont cassés de la classe Zoom de leur enfant parce que celui-ci faisait n’importe quoi? De l’art de claquer une porte virtuelle. J’arrive au bout d’une année d’école à la maison... à bout.


 

Je mets un grand coup de poing sur le bureau en hurlant “Mais enfin! concentre-toi!” Grand sursaute, puis se met à pleurer, pendant que je l’oblige, en hurlant toujours, complètement hors de moi, à refaire le dessin que demande la maîtresse. Le micro est éteint de notre côté, alors je n’ai ni regard ni jugement qui m’empêche de me déboulonner. Non, il n’est pas question que tu montres ça à ta maîtresse. Grand essaie de redessiner l’arbre demandé secoué de sanglots, pendant que je lui crie qu’il ne fait aucun effort! Non, recommence, arrête de pleurer et regarde ce qu’elle te montre. Et puis en hurlant encore, de plus en plus fort, même, mais allez, c’est pas la peine, si c’est pour faire ça, va-t-en, dehors, de-HORS. 


Je tiens à préciser que je suis enseignante. C’est pas bien glorieux.  


Un petit peu de contexte pour expliquer ce coup de sang, une colère comme je n’en ai pas eue depuis des semaines? Si, je crois que le contexte est important - et qu’il m’aiderait à me requinquer, à me faire relever la tête, s’il vous plaît, accordez-moi un brin de contexte. Donc:

1) Les enfants ont mis des plombes à s’habiller pour sortir ce matin.

2) Petit chouine sans arrêt.

3) Petit a cassé une énième tasse. 

4) J’ai essayé de cuisiner avec Petit, il en a mis partout en piaillant que “Moâ, moâ tout seul”.

5) Je n’éprouve que du mépris pour cette enseignante de mon aîné qui, clairement, prépare ses classes cinq minutes avant de les faire, ou plutôt avant de s’en débarrasser, et je me demande pourquoi on doit déployer des trésors d’organisation familiale pour suivre cette mascarade.

6) Grand a passé la première moitié de la classe à bâiller, se déconcentrer, jouer avec des stylos, me dire qu’il ne comprend pas en prenant son air idiot qui me fait vriller.

Ah… et peut-être que ça joue, hein, je ne sais pas, ça fait peut-être partie du contexte, hein…

7) La baby-sitter qui devait venir en fin d’après-midi pour me soulager avec les enfants et que je puisse travailler annule à la dernière minute


Voilà, c’était le contexte. Ça aide? 

Tout le reste de l’après-midi je me sens à demi coupable de ma gueulante, à demi uniquement parce que je n’ai même pas le temps de me sentir pleinement coupable comme je le devrais, trop occupée que je suis à occuper les enfants jusqu’au dîner.


Ce soir, au moment où je dis bonne nuit à Grand qui a été un amour le reste de la journée, je lui dis que demain, on refera l’activité demandée par la maîtresse, à un moment où il se sentira prêt, parce que je ne veux pas qu’on envoie une activité faite sans soin à la maîtresse, parce que je veux qu’on apprenne le sens de l’effort.

-Mais Maman, regarde Maman, je t’explique. Ce qu’il se passe c’est que quand je suis en classe, si tu te fâches très fort, eh bien les autres enfants ils t'entendent crier et ils n’entendent pas la classe et ils ne peuvent pas réussir l’activité.

 

C’est bon, je me sens entièrement coupable.

Il reste à Grand et moi cinq semaines de cours. Cette nuit, j’ai envie de pleurer, de tout envoyer bouler, de laisser toute cette année derrière Grand, et moi avec.

 
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D’autres batailles ⭣

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