Les femmes sans enfant n’ont rien à dire
 

Batailles choisies #100

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En deux mots:

Un peu de provocation gratuite pour ce post spécial: ma 100e bataille choisie!


 

Avant d’avoir des enfants, j’écoutais avec effarement et politesse mes amies mamans parler de leurs problèmes et je me disais en mon for intérieur: mais elles n’ont vraiment rien d’intéressant à dire.

Depuis que j’ai des enfants, j’écoute mes amies qui n’en ont pas parler de leurs problèmes et je me dis en mon for intérieur: mais elles n’ont vraiment rien d’intéressant à dire.

Outre le pied-de-nez, voire l’auto-croche-pattes de ce post, je voulais comprendre plus en détails l’effet que m’ont souvent fait des conversations à propos de maternité ou de parentalité entre femmes n’ayant pas d’enfants. À plusieurs reprises, j’ai écouté des podcasts, notamment féministes et que par ailleurs j’aime beaucoup, où une journaliste interroge une femme sur la maternité (sur une non-maternité en l’occurrence). 

Et toujours, j’ai pensé: pffff, elles sont vraiment à côté de la plaque.

C’est même une évidence. Dès que la maternité ou la parentalité sont évoquées, je me dis: elles n’ont pas d’enfants. Ça s’entend, presqu’à la première question.  

Alors pourquoi cette évidence? Pourquoi ce fossé entre les mamans et les autres? Qu’est-ce qui s’entend à ce point?

Il y a évidemment l’écart entre la réalité et le fantasme, une maternité fantasmée qui forcément est sablonneuse, construite sur un sol fragile. La maternité est une expérience qu’on vit ou non, 0, 1, je ne trouve pas beaucoup d’états entre les deux. Mais ce qui me frappe surtout dans ces interviews entre deux non-mamans sur la maternité, c’est qu’elles ne posent pas les bonnes questions. C’est ça que j’entends tout de suite. Parce que les non-mères mélangent l’intime et le politique, les confondent. Elles vont par exemple parler du chamboulement du rapport au corps (accouchement, allaitement, vieillissement du corps) comme d’un lien de soi à soi, sans avoir fait l’expérience de ce que les politiques publiques imposent dans ce rapport au corps. 

Je pense aussi à la certitude que la maternité va être une bataille intime avec son enfant ou avec son conjoint, et on se rend compte très très vite que c’est en fait une guerre contre la société, contre un monde construit par les hommes pour les hommes.

Alors, si en tant que non-maman, vous entendez des amies parler de modèles de poussette, tendez bien l’oreille car dans chaque couinement de roue, on entend le patriarcat.

 
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Mon fils est néophobe
 

Batailles choisies #99

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En deux mots:

Ne servez pas à un enfant un plat qu’il ne connaît pas! Oh, c’est si effrayant caca boudin!


 

Grand a quatre ans et demi. 

Il n’aime pas les oignons.

Sauf dans le ceviche (plat de poisson mariné, délicieux, avec beaucoup d’oignons).

Il n’aime pas le citron.

Sauf dans le ceviche (mariné au citron, je précise). 

Il aime le concombre en bâtonnets, mais ni en tranches ni en julienne.

Il aime bien la viande hachée en steak, mais pas dans les lasagnes.

Les épinards dans les lasagnes, oui, mais par contre en sauce, non.

J’essaie de lui expliquer, mais regarde, mon chéri, tu aimes bien les oignons dans le ceviche, là j’en ai mis dans la bolognaise, tu devrais aimer. En plus, ils sont revenus, ils sont moins forts en goût.

J’ai le sentiment d’expliquer à un cheval comment danser la polka. 

Quand je fais le dîner, me reviennent en mémoire des souvenirs de cours de philo, nommément  du pari de Pascal: j’ai choisi de croire que ça plairait, mais seul Grand Tout-Puissant dont les voies sont impénétrables dira si oui ou non, je suis sauvée.

Ça porte un nom cette frilosité gustative: la néophobie. La peur de ce qui est nouveau contamine tous les aspects de la vie de l’enfant de 4 ou 5 ans, pas uniquement les goûts culinaires. Mais mon fils a le mérite de l’honnêteté et, là où je rame à expliquer pourquoi les oignons sont toujours bons, un peu comme le cochon, lui, sait exactement de quoi il retourne:

 

“Maman, regarde, je vais t’expliquer. En fait, moi les aliments que je n’ai jamais goûtés, je n’aime pas. Mais par contre, les aliments que j’ai déjà goûtés, j’aime bien. 

Donc, si tu veux être sûre que je mange ce que tu as cuisiné, tu devrais me faire des plats que j’ai déjà goûtés et que j’aime bien. Regarde, par exemple, par exemple Maman, regarde, si tu me fais des frites, de la pizza ou un hamburger, je vais le manger.” 

Je marche sur un fil de fer, d’un côté, ma frustration de me casser la tête en cuisine pour des bides répétés, de l’autre ma fierté d’avoir un mini-homme à idée fixe.

Allez, on respire un grand coup, on ne regarde pas en bas, on ouvre les bras, on évite les vides des deux côtés et on garde le cap, le regard droit devant sur le pari que ça s’arrangera en grandissant.

 
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Heloise Simonnourriture, Grand