Lance la balle co-rrec-te-ment!
 

Batailles choisies #128

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En deux mots:

Deux joueurs de tennis de haute volée sous un dimanche ensoleillé.

 


Mamie a dégoté dans le fond de son garage un set de tennis aux couleurs promotionnelles d’une banque: deux raquettes en bois peint, une seule balle et une housse qui sent la bonne occasion.

Grand est tout content de “jouer au tennis”, sauf que les raquettes sont lourdes, le terrain est en pente et surtout, les joueurs sont nuls.


Pas un seul échange. Pas un. C’est soit, je lui lance la balle et il la frappe une fois sur deux, soit je la lance en l’air et ne réussis pas à la frapper, ou bien trop loin ou près pour que Grand puisse taper en retour.


Bon, Grand a 4 ans et demi, donc on peut lui pardonner. Moi, c’est moins pardonnable, mais pour m’attirer un peu de bienveillance, je dois dire que les raquettes sont vraiment lourdes, peu maniables et que le cadeau de la banque a été fait à l’économie, quand même. 


Première partie hier, Grand est tout content. À un moment, Mamie prend le relais mais au bout de quelques minutes, il se plaint qu’elle ne sait pas jouer et veut de nouveau Maman. Je suis fière.

Aujourd’hui, on recommence une partie sans me douter que notre succès d’hier a rendu Grand plus exigeant. 

On est encore plus mauvais qu’hier. Grand, exaspéré malgré mes promesses qu’on va retrouver notre rythme, finit par me crier: “Mais Maman! Pourquoi tu ne lances pas la balle CO-RREC-TE-MENT!”


Mais je fais de mon mieux, mon chéri!

Non! Enfin Maman, tu fais n’importe quoi!


Bon, journée de la tête basse et de la raquette cachée dans le garage.

 
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Heloise Simonsport
Le retour des retours
 

Batailles choisies #127

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En deux mots:

Ça y est, Petit ne veut plus rentrer à la maison et fait traîner les retours. Quand on est dehors, pourquoi faire?


 

Je suis près d’un square. Je regarde d’un air dépité la maison qui s’éloigne et s’éloigne, alors que j’espérais m’aérer un peu sans trop. Mais instamment tirée par la manche, j’en déduis que Petit n’a pas la moindre intention de faire une promenade plutôt courte, hein, on sort un peu et on revient bientôt, que non, il va étirer la balade comme mon t-shirt.

Petit a grandi. Les retours réfractaires à la maison en sont un signe évident. Ils sont devenus un chemin de croix avec multiplication des stations: ici, oh! un cailloux, là un brin d’herbe, a-bàs, a-bàs un chiien, oui magnifique, ce chien, justement les chiens saucisses sont ma race préférée, on s’arrête partout, on regarde les camions, enfin bref, maman, au cas où tu n’as pas compris, on ne veut pas rentrer.

Petit ne voit pas le temps passer, pendant que moi je sais qu’il passe, le temps, et qu’il ne faut pas rentrer trop tard, cuisine, repas, sieste, et toute l’organisation qu’exige une vie de petit et de sa maman.

Aujourd’hui, fatiguée, je tente les “on va voir Papa, il nous attend”, les “on prendra un goûter”, j’essaie tous les tons du “tu viens, on rentre à la maison?”. Sans succès.

À cet âge (et j’ai un flashback que c’était exactement la même chose avec Grand au même âge), ça ne sert à rien d’expliquer et ça ne marche plus de changer discrètement le sens de la trottinette pour essayer d’aller dans le bon sens, il s’en rend compte et c’est non, non, non. Il a grandi, il a davantage une notion de l’espace, a plus de souvenirs et beaucoup plus (trop) de volonté.

Bon, lassée, je vais chercher dans mon dernier recours, celui que je n’utilise que quand rien d’autre n’a marché, celui qui me demande d’aller chercher encore plus d’énergie alors que je n’en ai déjà plus: j’en fais un jeu. 

“Allez, Petit, qui va arriver en premier? C’est moi, c’est moi! C’est Maman qui va gagner! 

Non “ci moa”, répond-il, hilare. 

Et à force de compétition et de petits défis, il court jusqu’à la maison.

L’énergie des jeux ne vient que lorsque le seau menace de faire plouf dans le fond du puits. Juste là, au moment où mon amour maternel est tout en bas, il faut que je trouve la force de faire remonter péniblement la chaîne maillon par maillon. Et avec le sourire, hein, hop, hop!

 
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Heloise Simonsortie, Petit