Il faudrait
 

Batailles choisies #140

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Pas le temps de lire tout de suite?

En deux mots:

J’étais sans enfants ni mari ce week-end à la maison. 3 jours pour moi toute seule… que faire?


 

Des mois que je n’ai pas aussi clairement entendu le vent dans les feuilles par la fenêtre ouverte. Quel silence.

Mon mari a décidé de prendre les enfants chez sa mère ce week-end, pour que je me repose, que Petit se décolle de moi, qu’il cesse de m‘avoir comme unique ressource. Après 6 mois de confinement total ou partiel, d’enfants à la maison, de mari en réunion, de télétravail sans repos vespéral ni dominical, je n’ai qu'à dire oui et ouf.  

Quel vide soudain dans une vie surchargée! Ça me semble étrange.

Je ne suis pourtant pas du genre à m’ennuyer de mes enfants, à me demander ce que je vais bien pouvoir faire. J’ai des listes et des listes de “à faire”, du travail pour mes élèves, du travail pour mon écriture, des choses dont il faut que je m’occupe pour la maison.

Il faudrait que je cherche des vêtements en taille cinq ans.

Il faudrait, ça m’y fait penser, que je fasse du tri dans les placards des enfants.

Il faudrait que je fasse des courses d’avance pour la semaine.

Que je fasse une compote avec les pommes qui sont un peu vieilles et puis les enfants adorent ça.

Et du pain, je vais avoir le temps d’en faire.

Il faudrait que je range mes étagères, et les jouets qui traînent, j’ai de la paperasse en retard... 

En fait, il faudrait… non, il ne faudrait rien. 

Je vais reprendre les choses à l’endroit: qu’est-ce qu’il ME faudrait?

Des plaquettes de chocolat (le pluriel est intentionnel), des bons bouquins et des vidéos Youtube.

Voilà ce qu’il me faut.

 
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Heloise Simonpause
Reality check
 

Batailles choisies #139

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Pas le temps de lire tout de suite?

En deux mots:

Une petite pilule de réalité dans un monde de brutes.


 

Quand j’ai eu ma première échographie, j’ai soufflé. C’était il y a quelques semaines déjà.

À ce moment, je me dis: ah oui, c’est vrai.

C’est vrai que je suis enceinte. Merci M. le Docteur de me le rappeler. C’est vrai.

J’ai besoin de cette image médicale, froide et impersonnelle (ils se ressemblent tous les bébés encore à l’intérieur) pour pallier ma sensation de ne pas être enceinte. 

Comment le saurais-je, en fait?

Avec des barres violettes sur un morceau de plastique?

Avec des taux sur une prise de sang?

Avec cette fatigue pesante, l’épais brouillard du premier trimestre, qui me fait me traîner d’une pièce à l’autre et d’une heure à la suivante? Sûrement ce brouillard est-il été un des signes les plus clairs.

Mais comment le saurais-je tout de même, alors que je passe mes journées à jouer des coudes pour télétravailler?

Alors que je n’ai pas de ventre pour l’instant?

Alors que je cours après mes deux premiers enfants toute la journée?

Quel espace mental ai-je eu pour cet être en cours de fabrication?

Dans la salle froide et impersonnelle, je regarde l’écran devant moi, mi-obnubilée, mi-incrédule. Il y a donc bien un être, là dedans.

Quelques centimètres à peine, mais déjà des mains, une tête, un petit nez. Probablement un petit bonhomme, me dit le médecin qui ne veut pas s’avancer, mais probablement.

Le médecin doit me trouver pâlotte ou bien silencieuse, il doit s’étonner quelque part que je sois venue seule. Il me demande si je me sens bien.

“Oui… c’est juste que... je suis contente de voir cette image. Je n’ai pas l’impression d’être enceinte, alors ça m’aide à réaliser.” 

Le médecin s’enquiert de ma famille, deux garçons de 4 et 2 ans, le confinement, ah et tu travailles? C’est certain que tu ne risques pas de penser à lui! Mais regarde, je peux te confirmer: c’est bien un bébé que tu as dans le ventre!

Ah, oui, c’est vrai.

 
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Heloise Simongrossesse, Dernier