Il a toujours été difficile
 

Batailles choisies #182

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En deux mots:

Est-ce que je vais devenir cette maman qui a refilé un bagage à un de ses enfants, et ne se rend pas compte de quoi elle l’a lesté? Est-ce qu’un enfant peut être plus difficile qu’un autre? Comment on fait pour les aimer tous pareil?


 

13 heures. Je sors Petit de la voiture au retour de la crèche. Comme tous les jours, la crise commence. Veux pas, veux pas, coups de pied, hurlements d’animal égorgé, NON! NON! criés à pleins poumons, il ne veut rien, ni être porté, ni être posé, ni sortir ni entrer. Il me tire, moi et mon gros ventre, vers le deuxième. Ok, ok, dodo, dodo.


Je me couche dans le lit, tout à côté du gamin qui pleure, chouine, sanglote, cherche à se réconforter en me collant et en me triturant la peau du cou.


Des larmes coulent sur mes joues, j’ai la bouche pincée et le cœur fermé. Petit me fatigue, m’épuise. Ses crises de désespoir autour d’une bêtise sont de plus en plus fortes, je ne les supporte plus. J’ai l’impression de n’avoir eu pour lui aucun autre sentiment que l’exaspération, mâtinée d’un peu de patience, durant 2020. Ses crises, ses demandes incessantes, son affirmation, c’était trop.

Avec les larmes discrètes qui descendent dans mon cou affleure ma tourmente de questions tant ressassées ces mois passés. Est-ce que Petit est plus difficile que son frère? Est-ce que c’est le contexte qui veut ça, ou est-ce qu’il est réellement plus têtu? Est-ce moi qui ai oublié tous mes préceptes d’éducation positive et n’ai eu d’autres ressources avec lui que de dire non à tout bout de champ, dépassée que j’ai été et continue d’être? Est-ce qu’il ressent, ou se rappellera de l’haleine de sentiments négatifs que je lui ai soufflée avec mes baisers?

Je repense à ces familles où la moindre personne extérieure peut identifier l’enfant préféré comme celui qu’on aime moins. Je repense à ces parents que j’ai entendu dire “oh, il a toujours été plus difficile”. Je trouvais ça si horrible. Et me voilà aujourd’hui à le penser! 


Est-ce moi qui colle sans m’en rendre compte cette terrible étiquette qu’il va peut-être porter toute sa vie? Je veux qu’il vive libre, pas dans la cage de l’enfant difficile, de celui qui n’en fait qu’à sa tête! 

J’espère tellement que ce n’est que le contexte de cette année terrible qui a rendu mon fils lui aussi terrible, que le tatouage n’est qu’un autocollant.   


Petit s’est calmé dans la pénombre de la chambre. Il regarde autour de lui les autocollants de camions et d’avions qui décorent les murs, n’ayant visiblement pas sommeil. Tu veux descendre? Hochement de tête positif. 

Je le prends dans mes bras et dépose sur son front doux un baiser, pour le pardonner, ou me pardonner, je ne sais plus.

 
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Un dépliant
 

Batailles choisies #181

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En deux mots:

Être un peu diabétique, ça craint énormément. Et aussi, on a monté le sapin de Noël. Il y a un rapport entre les deux.


 

Sans surprise, comme pour la première et la deuxième, je fais du diabète gestationnel pour ma troisième grossesse. C’est limite, c’est léger, sans gravité. Il faut simplement faire un régime.

Sauf que la façon dont l’endocrinologue me suit ici m’énerve au plus haut point.    


Un rendez-vous, loin, cher, pour me dire de me faire des tests de diabète à jeûn puis deux heures après le petit-déjeuner. Pénible.

Un appareil pour mesurer le diabète. Cher.

Un autre rendez-vous pour évaluer la situation est prévu dans deux semaines. Chiant. Youhou, j’ai deux enfants, je n’ai pas que ça à faire.


Ce matin, je me résigne, allez, je me lance dans son truc qui sert à rien.

Il y a bien six manuels à l’intérieur de la boîte.


Je trouve un dépliant dans une langue que je parle. 

Je l’ouvre en un.

Puis en deux.

En quatre.

En huit.

En seize.

En trente-deux, cherche une page, que je tourne dans tous les sens pour trouver le début, oui, allumer. Mais, elles sont où, les sortes de languettes, là?


Le problème des tests avant le petit-déjeuner, c’est que les enfants sont réveillés et attendent qu’on mange, pendant que j’attends de comprendre ce qu’il faut insérer dans l’appareil, et pourquoi il y en a deux, d’ailleurs, d’appareils.


Dans le salon, le sapin de Noël est décoré au goût chilien, il ressemble donc à un sapin de supermarché. Boules hideuses de toutes les couleurs et guirlandes lumineuses, dont le plus gros défaut est surtout qu’elles soient musicales, un medley qui grésille toute la journée, mon beau sapin, roi des forêts, jingle bells, vive le vent, on prend les mêmes et on recommence.


Mais comment on lit des instructions quand les enfants se courent après en se jetant des boules de Noël dessus, avec vive le vent, vive le vent de surcroît!


Lumière! Compris! Quoi? Les languettes ne sont pas inclues!

Oh, la, les enfants arrêtez, et ça va coûter combien, encore?


Il pouvait pas faire comme les deux autres, le médecin, me dire que je mange moins de pâtes et de riz? 

 
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Heloise SimonNoël, grossesse