La danse
 

Batailles choisies #238

Il faut parfois faire preuve d’imagination pour pimenter le couple parental. 🍆


 

- Tu as envie, ou pas, chérie?

- Oui, oui, ça va, j’ai envie. Et toi?

- Oui, moi aussi. Surtout que ça fait longtemps qu’on a dit qu’on le ferait...

- Ça fait combien de temps?

- Je sais pas, deux semaines?

- C’est un peu tôt, tu crois pas?

- 7 heures. C’est tôt mais on n’a pas vraiment plus de choix.

- Ben oui, on a jamais le temps.

- Je sais que tu préfères le soir, sauf que moi je suis crevée, et j’ai certainement pas envie à 23 heures quand les enfants dorment.

- Bon donc, maintenant, ça te va?

- Oui, ça me va. 

- Mais où?

- Ici.

- Ici? Mais, non, avec Dernier qui dort dans notre lit. On va quand même pas faire ça debout à côté du lit, c’est pas pratique.

- Mais si on est très silencieux?

- On peut être très silencieux, mais bon, parfois les mouvements, ça s’entend.

- Dans la chambre à côté?

- Non, Milieu qui dort encore! Pour une fois qu’il ne tombe pas du lit à 6 heures du matin...

- La salle de bains?

- Il fait froid! J’ai déjà du mal à sortir du lit.

- Bon, ben on fait pas dans ce cas!

- Mais si, mais si, j’ai envie! Un petit moment à nous, ça me manque tellement. Après, la journée va commencer et on va courir comme d’habitude.

- Dans le couloir, alors? Il reste plus que ça!

- Euh, d’accord.

- Mais comment?

- On se met d’accord avant de commencer. Tu diriges?

- Oui, ça me va. Je connais mieux les mouvements. Bon, on reste silencieux. Et on reste habillés. Prends des mouchoirs quand même, parfois on transpire. Le début, c’est plutôt lent, comme ça!

- Ah oui, c’est suave!

- Et puis on accélère un peu: 1, 2, 1, 2, 1, 2, 1…

- 1, 2, 1, 2, 1, 2... 

- Les bras comme ça. Oui, c’est bien, là!

- Ça te plaît?

- C’est super, continue! Mais chut, hein!

- Mains sur les cheveux, maintenant!

- Et là, sur les hanches!

- Oh, oui, oui, mais ne va pas trop vite! Garde bien le rythme, 1, 2, 1, 2, 1, 2…

- 1, 2, 1, 2, 1, 2…

- Et maintenant main droite sur la fesse gauche

- Comme ça?

- Parfait! Et main gauche sur la fesse droite! Oh, oui, c’est exactement ça! Non, mais ne bouge pas tes hanches, c’est ridicule.

- Aaargh!

- Aaargh! C’est là qu’on saute!

- Et on recommence! Mais là, je crois qu’on n’a plus le temps.

- Encore juste la fin, juste un petit peu… et aargh!

- Bravo! Bon, c’est bon? Tu as fini?

- Oui! C’était bien pour toi?

- Oui, oui, c’était bien. Il va être content Grand, qu’on sache faire. Ce sera une leçon de vie aussi: tu vois, si on s’entraîne suffisamment, on peut tous apprendre à danser la Macarena.


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La carotte et la surprise
 

Batailles choisies #237

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Accepter de laisser tomber et se laisser surprendre, leçons de maternité et d’écriture en confinement, pour révolution à venir. 🥕


 

Je me suis inscrite à un groupe de partage pour mères artistes, qui se tient sur Zoom. Je m’en veux déjà de m’être inscrite: il dure 3 heures, je vais avoir les enfants dans les pattes et je dois finir d’écrire mon article de blog pour ce soir - une sombre histoire de skis, allez savoir pourquoi.


Durant les minutes introductives, l’une des animatrices rappelle les lignes directrices de ces groupes de partage.

Bon, me dis-je, je peux écouter d’une oreille distraite et terminer mon article sur cette histoire de skis, allez encore savoir pourquoi.

Deux des principes de ces groupes me mettent la puce à l’oreille: se laisser surprendre et rester dans le présent (y compris avec des enfants pleurnicheurs sur les genoux).

Je tilte: si je me suis inscrite, ce n’est pas pour écrire mon article en même temps. Je ferme mon ordinateur et range mes skis, ce sera Zoom sur mon téléphone et on verra bien.


Dans les premières minutes de l’atelier, une des participantes évoque une pièce de théâtre vue récemment dans laquelle la scène d’ouverture est une mère dans sa cuisine éminçant avec rage une carotte.

Une mère confinée dans sa cuisine en train de découper une carotte avec toute la rage qu’elle porte en elle.

Une mère confinée qui prend toute sa rage accumulée et la transforme en découpage hargneux de carotte

Un couteau qui sont son impuissance, ses frustrations, ses cris, ses coups de gueule.  

Une carotte dans laquelle il y a ses enfants qui chouinent, son travail qu’elle a en retard, son mari qui demande où sont rangées les serviettes, ou celui qui ne peut pas prendre les enfants cette semaine, les gens sur Twitter qui ont tous relu À la recherche du temps perdu alors qu’elle, elle a seulement relu, soir après soir, Tchoupi va à la piscine.

Dans le chaos du monde, les apocalypses qu’ont été pour elle les confinements successifs, dans les strates et les strates de rage qu’elle porte sur ses épaules et qui lui montent tellement haut qu’elle donne l’impression de porter le monde entier sur son dos sous de lourds nuages noirs, elle est là, enfermée dans sa cuisine, cette mère enragée, la bouche pincée, les yeux cernés, le front plissé, en train de s’acharner pour le repas du soir sur une toute petite carotte.  

Une rage qu’elle veut transformer, quand ce sera fini, en révolution.

Une mère confinée qui est toutes les mères confinées.


Laisser tomber et se laisser surprendre - je sais pourquoi.

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