Y a fête au parking
 

Batailles choisies #312

Avec les enfants, c’est tous les jours jour de fête - même quand on attend dans un parking. 🅿️


 

Un truc bien avec les enfants? Ils ont des idées folles et merveilleuses.

Un truc pas bien avec les enfants? Ils sont tout le temps malades.

Ce soir, les deux ont trouvé un terrain d’entente, attendez voir.


Milieu est malade depuis plusieurs jours. Il a refilé ses microbes à Dernier, qui a passé la journée fébrile, collé à moi, alternant siestes et périodes d’éveil avec un sourire souffrant disant “Maman, j’essaie d’être ton bébé adorable mais je ne me sens pas bien”.


Deux rendez-vous sont donc pris chez le pédiatre: un pour Milieu, qui semble aller mieux, et un pour Dernier qui subit la première fièvre de son existence. Grand nous accompagne parce qu’il aime bien et qu’il doit bien aller quelque part et Papa nous prête main forte.


La consultation se passe comme on peut imaginer: Milieu pleure tout son saoul, Dernier aussi, il faut presque hurler pour couvrir les cris et savoir si c’est deux gouttes de celui-là et deux millilitres de cet autre ou l’inverse. Mon mari, stressé que ses enfants passent pour des gosses mal élevés, se transforme en précepteur sévère, irrité au moindre bruit, insistant pour qu’on s’assoie, qu’on se tienne correctement - je suis plus de l’école sans vergogne de la mère qui fait semblant de ne pas voir que ses gosses sautent sur les sièges, pourvu qu’au plus tôt on rentre à la maison et qu’on en finisse.

Fin de la consultation.

Papa part avec Milieu et mes espoirs que celui-ci retourne à la crèche cette semaine acheter la liste de médicaments - 3 pages.

On se retrouve au parking?


Grand s’ennuie. Il a attendu gentiment que ses frères finissent de pleurer pour me solliciter, mais là, il s’ennuie.

- Maman, je m’ennuie. Qu’est-ce qu’on fait?

- On attend que Papa et Milieu reviennent de la pharmacie.

- Et Dernier?

- Tu vois, il s’est endormi contre moi. Il ne se sent pas très bien, tu sais.

- Je m’ennuie. Qu’est-ce qu’on fait?

- Je ne sais pas, chéri.

- Je sais, j’ai une idée! On peut danser!

- Danser? Mais où?

- Ici, dans le parking! Ma chanson préférée! On la met super fort! Et comme ça tout le monde nous regarde et apprend à danser!


Nous sommes dans le parking provisoire d’une clinique en plein chantier d’extension. Parking de gravillons. En léger dénivelé. Au milieu de voitures et de préfabriqués.

Grand danse comme un poireau.

Sa chanson préférée est un tube dance des années 90.

Mais il est tellement heureux de son idée! 

Et j’ai passé, et vais encore passer, des journées pourries.


Alors soit, au beau milieu du parking, entre les SUV et les cônes orange, musique à fond, bébé dans les bras, grand sourire parce qu’on nous regarde mais peu nous importe, mouvements sans coordination mais avec entrain

alors soit, dansons maintenant!


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Enfants malades
 

Batailles choisies #311

On aime (non) les enfants malades à la maison. 🤒


 

Bon, Milieu a un peu le nez qui coule. On l’envoie à la crèche ou non?

Il tousse. La crèche, ça me semble incertain. 

Il a une légère fièvre. La crèche, ça me semble difficile.

On reçoit un email de la crèche rappelant qu’ils N’ACCEPTENT PAS LES ENFANTS MALADES, ni ceux qui toussent, ni ceux qui ont le nez qui coule, ni ceux qui ont de la fièvre.

Pas de crèche donc.


J’en suis quitte pour quelques journées avec un enfant malade, à regarder dégringoler mon équilibre fragile, précaire pour écrire un peu chaque jour, à revivre le temps long, très long, des jours à attendre qu’il aille mieux, à m’illusionner qu’il semble être d’attaque pour la crèche et puis finalement non, rechute, à passer des mauvaises nuits de fièvre et des heures passées à essayer d’occuper un Milieu d’humeur fébrile, donc difficile, à espérer qu’il arrête de tousser au visage de ses frères pour qu’ils ne se le refilent pas entre eux, à donner dans le meilleur des cas, imposer dans le pire, des médicaments.

Un enfant malade, c’est pas bien agréable.

Deux ou trois enfants malades, c’est bien pire.


Je me résigne à cette situation que je ne connais que trop - au moins, en congé maternité pour mon troisième, je n’ai pas d’absence au travail à justifier, pas le stress de savoir comment rattraper mes cours, finir les programmes, corriger mes copies. 

Les souvenirs de ces dimanches soirs où on sent que lundi, non, pas possible d’aller au travail, sont encore frais, autant que lointains car ça ne m’est pas arrivé depuis longtemps...

L’année de confinement, mes aînés n’auront pas été malades une seule fois. Durant l’été, non plus. Le reconfinement à la campagne chez ma belle-mère aura élevé mes enfants comme des gosses de plein air: à courir les champs du matin au soir, sans être jamais malades. J’en regretterais presque le confinement...

Mais, au Chili, le printemps est là, avec son lot de microbes qui circulent, son temps mi chèvre mi chou qui fait qu’on se retrouve trop couvert ou pas assez. 

Milieu est donc malade.

Dernier commence à avoir petite mine.

Grand tient le coup.

Maman se résigne: attendre que huit heures passent, rester positive à neuf heures, proposer un jeu qui ne dure pas, proposer tout ce qu’on veut à manger, n’importe quoi, pourvu qu’on mange, des œufs dur et du yaourt, parfait, passer de doux moments à caresser le front de ses enfants, leur lire des livres quand ils ne sont pas trop fébriles, peser si oui ou non on donne un médicament, faire la même chose toute la journée, maudire ce vent froid qui empêche toute sortie, sortir malgré tout un peu parce qu’il faut bien faire quelque chose, on reste dans la voiture et on va regarder des camions sur l’autoroute, ça vous dit les enfants?

Accepter la télé, vieille amie, vieille ennemie.


Rester enfermés, enfermée, avec des enfants enfermos.

Tourner en rond et attendre que ça passe.


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