Madame Propre
 

Batailles choisies #352

Attention Masterclass! Trucs et astuces d’écriture! Comment enrichir son vocabulaire et nommer précisément les couleurs? Faites des enfants, ces artistes dégueulasses. 🍭


 

Un pantalon bleu marine. Un t-shirt bleu marine passé. Un gilet bleu foncé. 

Quelle sobriété dans les tons! Madame Héloïse, on vous a connu plus aventurière dans vos choix vestimentaires!

Pourtant, la colorimétrie est l’amie des mamans écrivaines, non?


Couleur crème du beurre de la tartine passé des mains de Grand à mon épaule effleurée et

ocre de la confiture de lait posée par Milieu sur ma cuisse et

glauque de morve verdâtre de Dernier, étalée savamment dans mon décolleté lors d’un câlin réconfort et

vert menthe à l’eau d’une céréale chimique oubliée sur le tapis qui termine sa vie écrasée sous mes fesses et

un filet de bave essuyé avec la manche parce qu’il faut partir, là, j’ai pas trouvé les lingettes, la bave ne se voit pas de toute façon et ne fait que mouiller et foncer mes bleus marine


- Tu vas sortir comme ça? demandent les adultes de la maison.

- Bah, ça se voit pas trop, ça va.


Vert bouteille d’un brin de romarin écrasé par un Dernier amusé lors de sa promenade matinale et

le céladon d’une longue morve exigeant un mouchoir que j’ai oublié et 

le brun brique d’un peu de poussière ramassée en rasant les murs et

le cramoisi d’un sirop pour la toux recraché par le bébé récalcitrant 


- Tu vas te changer avant le déjeuner? demandent les adultes propres de la maison.

- Bah, mieux vaut attendre après le repas…


Jaune d’œuf, jaune moutarde, vert épinard sauce rose saumon, heureusement que personne n’aime l’orange carotte, rouge fraise puis rapidement rouge fraise écrasée, blanc comme neige du yaourt, brun chocolat car quitte à avoir des taches de couleurs alimentaires par ci sur les jambes de pantalon, par là sur les manches du gilet, autant s’offrir une gâterie alimentaire…


- Tu vas te changer avant d’aller chercher Milieu à la crèche? demandent les adultes effarés de la maison

- Pas le temps, je ferai après! On va manger une glace, les enfants?

Fondant au chocolat fond et

Vanille valse et

Pistache qui pisse

- Maman, on va se changer à la maison? demandent les enfants aux bouches pêches mais surtout chocolat, pistache et vanille.

- Oui, c’est une bonne idée! Non, pas de câlin, là, je suis déjà dégoûtante! Allez, les enfants!


C’est la soirée feu d’artifice,

Oh, la belle rouge sang du bim! coin de la lèvre de Milieu qui s’est mangé un coin de chaise au lieu de manger une pomme verte et

Oh, la belle bleu canard du feutre mal rebouché et

Oh, la belle rose-bonbon d’un bonbon rose dégoté je ne sais où


- Mais les enfants, tenez-vous bien à table, enfin! Vous allez salir tous vos vêtements!

Quoi? Que dis-tu mon sobre bleu marine mariné endurant des journées entières de misères alimentaires? Tu pleures?

Non, ne t’en fais pas, ainsi taché, tu n’en es que plus beau.


Être mère de jeunes enfants, ou comment porter haut et fier l’étendard du crado.


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Heloise Simonlessive, vêtements
Besoin d’un câlin
 

Batailles choisies #351

On en parle des jours où c’est moi, la maman, qui demande un câlin de réconfort à mes enfants? 😿


 

- Grand, je peux te raconter quelque chose?

- Oui, ma p’tite Maman.

- Tu sais, je me sens pas très bien, j’ai passé une mauvaise matinée.

- À cause de Dernier?

- Oui…


Ce matin, j’avais des impératifs: je devais absolument finir d’écrire quelque chose.

C’est jouable, ce n’est ni trop long ni trop compliqué, j’en ai pour une heure peut-être, mais je dois absolument le faire ce matin, pendant la sieste de Dernier.

Évidemment, je vous le donne dans le mille du bébé, au moment où je le pose, endormi, dans son berceau, ma tête déjà partie dans mes impératifs de textes à écrire, dans mon stress de ce que je dois à d’autres personnes, Dernier chouine.

Se cambre.

Se contorsionne.

Se met à pleurer.

Ouvre un oeil.

L’autre.

Pleure plus fort.

Se réveille.

Ne se rendort pas malgré mes tétons fourrés en catastrophe dans sa bouche.

Me regarde avec des grands yeux d’amour qui demandent “et on fait quoi de bien, maintenant?”


Les impératifs et les bébés ne s’entendent pas.


Je suis dépitée, alternant pic de stress et sensation d’être complètement à plat, lasse, lasse, lassée de cette vie à moi fabriquée dans les interstices de celle des autres, une vie qui est toujours en second plan, jetable, optionnelle.

Je me débrouille d’habitude avec moi-même pour mon temps de travail, d’écriture. Mais dès lors que je dois ce temps à d’autres, que je ne peux pas remettre à plus tard, que la machine se grippe, alors je me rends compte à quel point tout est fragile dans mes journées, y compris mon équilibre mental.

Dernier chouinant, Dernier donnant l’impression de vouloir rattraper sa sieste perdue, je tente, moins de l’endormir, je crois, que de m’accrocher au faux-espoir que mon temps pour moi n’est pas tout bonnement tombé au fond du puits.

Alors, je vrille, comme ça m’arrive souvent, trop souvent, je me fâche, je dis merde à tous ceux qui passent à côté de moi, merde à mon bébé qui ne veut pas dormir, merde à mon mari qui ne peut pas échapper longtemps à ses impératifs, même en télétravail, merde à ma mère qui ne peut pas, malgré toute sa bonne volonté, prendre le relai avec un bébé grognon, merde à ma vie.

Merde que je passe la matinée à traîner, qui me lance ses relents odieux au visage, qui me décourage, m’épuise, me culpabilise terriblement.

Merde qui m’assoit lourdement sur le canapé à côté de mon fils aîné, lorsqu’enfin, Dernier, s’est endormi pour sa sieste d’après-midi.

J’ai les larmes aux yeux, je me sens idiote, égoïste, prisonnière, victime, injuste et justifiée d’envoyer paître ceux avec lesquels je vis.

  

- Grand, je peux te raconter quelque chose?

- Oui, ma p’tite Maman.

- Tu sais, je me sens pas très bien, j’ai passé une mauvaise matinée.

- À cause de Dernier?

- Oui, il a pas mal pleuré ce matin, et puis il n’a pas fait sa sieste, alors je n’ai pas pu travailler… et ça me met toujours de très mauvaise humeur, tu sais.

- Parce qu’il pleure beaucoup et que tu n’arrives pas à le calmer?

- Oui, c’est… c’est ça, oui. Grand, est-ce que tu serais d’accord qu’on fasse un petit câlin, ensemble? Ça me ferait du bien.  


Grand acquiesce et se rapproche de moi. Il pose sa tête sur mon cœur. Je passe mes doigts dans ses cheveux et sur son visage, pose ma main sur son épaule et caresse son dos et son bras.

Sa chaleur et son souffle tranquille apaisent mon blues - ma matinée ratée, ma lassitude si prompte à foudroyer, ne seront qu’une énième fêlure et non une blessure ouverte.


Grand ne sait pas réellement c’est qu’est une mauvaise humeur, ni une matinée difficile. Il ne sait pas que ceux qu’on aime peuvent nous emprisonner et nous rendre malheureux, parfois, souvent. 

Il ne sait pas qu’il existe une tristesse de maman que peu de choses calment.

Grand sent juste que j’ai besoin d’un geste d’affection, celui qui se donne en silence, sans jugement, sans vraiment chercher à comprendre, d’humain à humaine.

- Merci, Grand, j’en avais besoin, ça m’a fait du bien.


Grand ne sait pas et en même temps sait que, parfois, on a besoin d’un câlin.


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