Le gigoteur
 

Batailles choisies #266

Grande joie de bébé, grande joie de maman: la période du bébé gigoteur.  🤖


 

Une période du bébé que j’adore, que je me souviens avoir adorée pour mes deux premiers fils, et que je revis avec joie pour Dernier, c’est la période du bébé gigoteur. 

Dernier, couché sur le dos sur son tapis d’éveil ou sa table à langer, s’émerveille de pouvoir bouger les bras et les jambes. Il bouge tous ses membres en même temps avec une maladresse de débutant, mais avec un enthousiasme de coach sportif très en forme.

Ses talons tapotent mécaniquement sur le matelas de la table à langer avec vivacité, les jambes faisant des air-claquettes, pendant que ses bras montent et descendent comme pour l’échauffement avant un tour de piste. 

Ces gestes se font d’une manière si robotique et pourtant… quelle humanité se lit partout sur lui! Les étincelles de joie dans les yeux, les regards derrière les longs cils qui disent “je ne sais pas ce qu’il se passe exactement, mais j’adore!” et l’intense babillage avec lequel il accompagne sa découverte! 


Car en même temps qu’il gigote, il gazouille, lance des cris de joie, fait des bulles dans sa gorge, des descentes d’un aigu sans fausse note jusqu’à un son guttural, toute la gamme dont il est capable.

Parfois, il marque des pauses dans son intense gigotage pour s’étonner de ces bruits joyeux qui sortent de lui, puis interrompt sa discussion avec lui-même et sa maman pour reprendre son entraînement avec le sérieux que ses bras et jambes méritent, grands billes ouvertes, regards surpris.


Ça alors! Que m’arrive-t-il? se demande-t-il.

J’ouvre et je referme mes poings, pour saisir le monde de mes petits doigts.

Je fronce les sourcils.

Je lance des regards interrogateurs, à droite, à gauche.

J’ouvre la bouche puis la referme car je ne trouve pas de mot, encore, pour dire tout ce qu’il se passe.

Je retrousse le nez.

Maintenant que j’ai bien réfléchi, je vais retourner à mon gigotage qui est quand même super chouette.


Tant d’humanité dans cette conquête, de superpouvoirs dans cette fragilité.

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Journée de merde
 

Batailles choisis #265

Dites, les proches qui vous font comprendre que c’est de votre faute quand les enfants ont été insupportables et que vous avez passé une journée de merde, vous les gérez comment? Moi j’hésite entre la mitraillette et le molotov. 💥


 

Quelle journée de merde.

Les deux grands se sont disputés en continu aujourd’hui. Grand se moque de son petit frère, le tance, le traite de nul, de nain. Milieu a eu de ces crises à vous faire envisager la DASS comme solution de garde, crises déclenchées par un jouet qu’on ne lui a pas prêté, par un repas qui a un peu tardé, par un bout de bois qui s’est cassé.

Qui sont-ils, ces enfants?

Grand, que je trouve doux et naïf, révèle un autre aspect de sa personnalité, méchant, taquin, présomptueux, agressif.

Milieu va bientôt avoir trois ans. J’imaginais que son anniversaire prochain signerait la fin des terrible twos, et je me retrouve à redouter que ne commence en fait une période bien pire.

Ah, et j’ai un bébé aussi, un petit cœur, mais avec ses demandes, ses temps à lui, ses exigences.

Ah, et nous sommes confinés, trois adultes qui font de leur mieux pour cohabiter


Mais quelle journée de merde.

J’ai tenu bon, cherché des trésors de patience, mais voilà, il est presque 19 heures et je vrille, je hurle, je pète un câble.

Qui suis-je, moi, la maman épuisée, haineuse?

Parce que mes enfants pénibles, je gère tant bien que mal. Mais les remarques de mon mari et de ma belle-mère, alors que je cherche juste du soutien, m’insupportent.

Il faut le laisser pleurer ton fils, il ne faut pas tout lui passer.

En même temps, tu travailles trop sur ton écriture. Tu devrais travailler moins, prendre plus de temps pour toi. Si tu es fatiguée, tu devrais te reposer.

Bizarre. Je ne savais pas que c’était une option, ça, de faire la sieste. Moi qui suis debout et avec un à trois enfants en continu dans les jambes, de 7 heures du matin à 7 heures du soir, de mars 2020 à juin 2021, j’aurais donc le temps de faire la sieste?  


Mais quelle journée de merde. 

Les enfants difficiles sont donc non seulement de ma responsabilité, mais aussi de ma faute: parce que je ne me repose pas, parce que je cherche à aider à gérer les émotions plutôt qu’à les ignorer, me voilà portant la casquette de mère-qui-devrait-y-arriver-mieux, portant le bonnet d’âne, portant le chapeau.

Je me débats avec cette injustice autant qu’avec le doute qui s’insinue malgré tout. Les disputes entre mes aînés me laissent désemparée, vulnérable aux critiques formulées à demi-mot. 

C’est de ma faute, alors?

Et dans cette journée de merde, cette situation où je ne suis pas chez moi, où je crois faire cavalier seul face à deux colocataires qui ont beaucoup d’avis sur la question mais bien peu de temps à consacrer à la question des enfants, je n’arrive pas à sortir de l’impression d’être trois à élever mes gosses: ma belle-mère, moi dont l’avis n’est qu’optionnel et mon mari qui est en télétravail - d’être donc plutôt deux, et même plutôt elle toute seule. 

Qu’ils aillent tous se faire mettre: Belle-Maman, Monsieur, Grand, Milieu, Dernier… non, Dernier est mignon, il me fait des sourires splendides.

Je tombe, en voulant vider ma tête de toute cette colère, sur un article du New York Times où l’on conseille de ne pas jouer avec ses enfants… pour favoriser leur autonomie.

Allez tous vous faire mettre et fuck you aussi.

Ma furie pantèle.

Je suis seule dans la chambre, les bains n’étant jamais mon problème.

Je reprends mon souffle.

Je n’ai, dans ce troisième confinement, aucune autre configuration possible. 

Heureusement qu’on est là, où les enfants peuvent s’occuper à l’infini dans le grand terrain; où ma belle-mère me prête main forte, même si je la préfèrerais en velours qu’en fer; où mon mari travaille avec un brin de flexibilité. 

C’est la meilleure solution.

C’est des remarques qu’il faut que j’oublie. Je fais de mon mieux, eux aussi.

C’était juste une journée de merde.


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